« A Odessa, une fille que je connaissais a été tuée. Une bombe russe est tombée sur la résidence où elle vivait avec sa fille de 3 mois et sa mère. Elles sont toutes mortes »

Publié hier à 19h00, mis à jour hier à 19h22

Olga et Sasha sont deux sœurs ukrainiennes. La première a 34 ans et est caviste à Paris, où elle habite depuis sept ans. La seconde, âgée de 32 ans, vit à Kiev. Au début de la guerre, elle s’est installée dans un immeuble avec sa mère, son compagnon, Viktor, son chien et son amie Y. Après avoir décidé de se séparer de Viktor, Sasha a déménagé dans un petit appartement, seule avec son chien, dans la même résidence que Y. Les deux sœurs ont accepté, depuis le début du conflit, de tenir leur journal de bord pour M. En France, Olga vient de donner un concert avec sa chorale et se rend à Vienne pour fêter la pâque orthodoxe chez une amie. À Kiev, Sasha reprend peu à peu une vie sociale et s’apprête, elle aussi, à célébrer Pâques avec sa mère et… Viktor.

Le journal d’Olga et Sasha, au fil des semaines

Mardi 19 avril

Olga : J’ai pas mal de boulot à la cave. C’est le rush ! En plus, je ne fais que des demi-journées aujourd’hui et demain parce que j’ai une répétition générale et un concert avec ma chorale dans une salle à Paris. Il y a aussi mes cours de conduite… Je crois que mon système ­nerveux n’agit pas de la même manière qu’avant le début de la guerre, avec tout le stress encaissé en mars.

Aujourd’hui, j’ai parlé à L., c’est mon ancienne psy. Elle vit dans le sud de l’Ukraine, à Mykolaïv, un port entre Kherson et Odessa. Elle me raconte que leurs nuits sont absolument terrifiantes. Ils sont bombardés sans discontinuer. Elle me répond ­toujours : « Ça va, on est en vie. » C’est hyperflippant comme réponse. Chaque fois que je lui écris, je me dis qu’un jour, elle ne répondra peut-être plus. Comme au début de la guerre, quand j’écrivais aux miens et que les démons étaient à côté de Kyiv [Kiev, M respecte le choix ­orthographique d’Olga et Sasha].

Sasha : Je m’adapte à la vie dans la résidence, dans ce nouvel appartement. Après le couvre-feu de 22 heures, je me promène dans la cour intérieure avec mon chien. Dans la journée, on sort. Il y a des endroits, des rues où on peut aller même s’il y a des panneaux rouges avec des mines dessinées dessus. On est très vigilants. Il n’y a pas de mine à la résidence, enfin je crois.

La situation à Marioupol me ­rappelle l’année 2014, quand quelques dizaines de nos soldats étaient coincés à l’aéroport de Donetsk. La guerre me paraissait si loin à cette époque. J’ai perdu mon ami Euvgen dans la bataille de cet aéroport. Il était un des « cyborgs », c’est comme ça qu’on a appelé les défenseurs de l’aéroport de Donetsk. Il a été tué par les séparatistes prorusses. Au fond de nos cœurs, on savait qu’Euvgen était mort, mais on n’en a eu la preuve que des mois après. En janvier 2015, on a découvert des images de son corps dans une vidéo diffusée sur YouTube. C’était la pire expérience de ma vie, jusqu’à ce 24 février, jour où la guerre a commencé.

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« A Odessa, une fille que je connaissais a été tuée. Une bombe russe est tombée sur la résidence où elle vivait avec sa fille de 3 mois et sa mère. Elles sont toutes mortes »

Fuzzy Skunk