Ali, Nazim, Nour, Shaed… les grands absents de la mode

Par Valentin Pérez

Publié hier à 20h00, mis à jour hier à 20h37

Denaat Driss, mannequin (d’un jour). Costume en laine, Valentino.

Un matin de 2019, à Milan, le regard de Malika El Maslouhi s’arrête sur un panneau publicitaire installé devant chez elle. Sur une affiche vantant un bikini de la marque Calzedonia, elle reconnaît Cindy Bruna, mannequin française née d’un père congolais et d’une mère italienne. « Je sais bien qu’elle est métisse et pas arabe, mais, pour la première fois, je me suis dit : « Tiens, voilà quelqu’un dans une pub qui me ressemble un peu », raconte la jeune mannequin de 23 ans. Puis j’ai pensé : « Comment est-il possible que ce soit la première fois que tu voies une personne à qui t’identifier » ? »

Repérée en première année de fac par un directeur de casting, Malika El Maslouhi, fille d’une Italienne et d’un Marocain, est aujourd’hui l’une des mannequins les plus en vue. Et l’une des rares à avoir des origines arabes. Après avoir défilé, fin février, à la fashion week de Milan, pour les maisons Etro ou Missoni, elle ne s’est pas envolée pour celles de Paris, comme la plupart de ses consœurs. Mais pour Dubaï où a été tournée la campagne Gucci Nojum (nojum signifie « étoiles » en arabe, précise, sur son site, la marque), rassemblant quatre mannequins arabes, lancée à l’occasion des célébrations de l’Aïd, la fin du ramadan.

Valentin Iouzalen, mannequin. Ccostume trois-pièces en satin de soie et chemise bicolore en coton, Gucci.

Si ces publicités saisonnières, comme celles de Noël ou du Nouvel An chinois, sont devenues habituelles, celle-ci est la toute première campagne de luxe mondiale « entièrement réalisée par des Arabes ou des musulmans, devant et derrière l’objectif », souligne Sofia Guellaty, fondatrice de Mille World, l’agence de contenus dubaïote qui en a supervisé la production. Dans la publicité, destinée principalement au marché du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Jordanie, Yémen, Qatar, Koweït, Emirats arabes unis…), Malika El Maslouhi apparaît en ensemble fleuri, tenant à la main un sac en cuir surmonté d’une anse en bambou, les signes distinctifs de la maison, aux côtés notamment de Nora Attal, 22 ans, née de parents marocains et qui a grandi au Royaume-Uni. « Elle comme moi avons souvent entendu la même chose sur les plateaux : “Oh ! tu es la première mannequin marocaine que je rencontre ! ” »

Grands, beaux, sveltes, mais…

Il est vrai que Malika El Maslouhi et Nora Attal sont bien seules. « C’est simple, estime Sofia Guellaty, sur des dizaines de milliers de mannequins à travers le monde, je n’en identifie qu’une centaine qui soient arabes, filles et garçons confondus. » Il y a, certes, les célèbres sœurs Hadid, Gigi et Bella, Américaines aux yeux clairs et cheveux lisses nées d’une mère néerlandaise et d’un père palestinien, qui ont grandi à Los Angeles et sont apparues dans des émissions de télé-réalité avant de faire carrière dans la mode. Mais les autres noms sont beaucoup moins connus : le Franco-Algérien Nazim Bouaziz, le Français né en Tunisie Ali Latif, le Tunisien Youssef Bouzamita, le Saoudien Domie Alsalim ou le Palestinien Qaher Harhash, côté garçons ; la Libanaise Nour Rizk, la Tunisienne Azza Slimene ou l’Egypto-Jordanienne Shahed Elnakhlawy (ci-dessous) pour les filles.

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Ali, Nazim, Nour, Shaed… les grands absents de la mode

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