Au Bus Palladium, dernier soir avant départ à la casse

Fièvre du samedi soir

Le Bus Palladium s’apprête à vivre, ce samedi 2 avril, sa ­dernière soirée dansante avant plusieurs mois. Pendant deux ans, le célèbre club situé au 6, rue Fontaine, à Pigalle (Paris 9e), va fermer ses portes pour devenir un hôtel de luxe. Ce projet, voulu depuis plusieurs années par le propriétaire des lieux, sonnait le glas de cette salle mythique. Mais il se pourrait finalement que l’établissement intègre un club quasiment à l’identique après les travaux, selon Cyril Bodin, le directeur artistique des lieux depuis 2010, qui reste prudent après les récentes discussions avec le gérant. Une chose est sûre, Cyril Bodin promet un « joyeux bordel organisé » ce samedi soir, avec « du beau monde » et « un happening devant le club à minuit ».

Clubbing pour tous

Dans les années 1960, James Arch, un jeune homme d’affaires lance un concept inédit : un système de bus récupérant les jeunes en banlieue pour les conduire aux discothèques parisiennes. En 1965, en compagnie de James Thibaut, il lance son propre club en louant L’Ange rouge, un cabaret sur le déclin, qui devient Le Bus Palladium. L’endroit se veut accessible à tous : il n’y a ni sélection drastique à l’entrée, ni dress code, la décoration est simple et la programmation rock’n’roll. Johnny Hallyday, Hervé Vilard et les Jets font partie des premiers artistes à se produire sur la scène. A ses débuts, le club accueille même les Beatles ou encore le peintre Salvador Dalí, venu organiser un banquet à l’eau plate avec ses amis. « Qui est in ? Qui est out ? Rue Fontaine, il y a foule pour les petits gars de Liverpool », chantait Serge Gainsbourg en 1966.

Rock et pop

Le Bus Palladium confirme son statut de temple du rock’n’roll à la fin des années 1970. Le groupe Téléphone enregistre son premier 45-tours en live sur scène en 1977. Six ans plus tard, la discothèque crée les Bus d’acier, sorte de prix Goncourt du rock, pour récompenser des artistes plutôt méprisés par la ­critique française à l’époque. Alain Bashung est le premier chanteur couronné, bientôt suivi par Indochine, Etienne Daho, Noir Désir ou les Rita Mitsouko. Le chanteur des Rolling Stones, Mick Jagger, a fêté son anniversaire dans cette boîte aux trois étages. Le Tout-Paris s’y presse, mais le club garde son aspect populaire. « Vous pouviez croiser Grace Kelly à côté de quelques blousons noirs, c’est ça, l’essence du Bus Palladium depuis sa création », résume Cyril Bodin.

Mis K.-O. par le Covid-19

Le Bus Palladium a connu un ­dernier renouveau en 2010. Une nouvelle direction met les moyens pour relancer la machine, qui connaît alors une baisse de régime. L’architecte Laura Gonzalez est chargée de refaire la décoration. De quoi permettre au club de résister tant bien que mal à la baisse de fréquentation des boîtes de nuit ces dernières années en France. « Beaucoup d’endroits se sont spécialisés dans les musiques urbaines ou électroniques. On n’est pas nombreux à Paris à avoir gardé ce créneau rock. A voir si les choses auront changé dans deux ans, mais je ne pense pas », analyse Cyril Bodin. En revanche, le rock’n’roll n’aura rien pu faire contre le Covid-19. L’épidémie et les multiples fermetures ont précipité la transformation en hôtel.

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Au Bus Palladium, dernier soir avant départ à la casse

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