Au Danemark, l’enseignement de la crise liée aux caricatures de Mahomet oppose les députés

Enquêtes au long cours et séries de mode spectaculaires, portraits fouillés et bonnes adresses… Chaque dimanche, retrouvez le regard décalé de « M Le magazine du Monde » sur l’actualité et le style en vous inscrivant à sa newsletter.

Depuis le 11 février, au palais de Christiansborg – « Borgen », pour les adeptes de la série télévisée du même nom –, les députés danois planchent sur un sujet explosif : comment prévenir l’autocensure et garantir la liberté d’expression des enseignants, et faire en sorte qu’ils puissent revenir sur la « crise des caricatures de Mahomet », un des épisodes les plus douloureux de l’histoire contemporaine du pays, sans risque pour leur sécurité ?

Car, rappelons-le, c’est ici, au Danemark, que tout a commencé, il y a seize ans. Réagissant aux allégations de l’écrivain Kare Bluitgen, qui se plaignait de ne pas trouver de dessinateur pour illustrer son livre sur la vie du prophète Mahomet, le quotidien conservateur Jyllands-Posten lance un défi aux caricaturistes danois. Douze dessins sont publiés dans le journal, le 30 septembre 2005, accompagnés d’un texte, signé de Flemming Rose, chef des pages Culture, qui s’inquiète de l’autocensure.

Douze espaces blancs

Quelques mois plus tard, au terme d’une campagne menée par un groupe d’imams danois, le Danemark se retrouve au cœur d’une crise internationale inédite : des chefs d’Etat étrangers exigent des excuses publiques, le consulat du royaume à Beyrouth et son ambassade à Damas sont incendiés, les entreprises danoises visées par un boycott. Au fil des ans, les services de renseignement déjoueront de multiples projets d’attentats contre le journal et les caricaturistes.

« Nous avons pu enseigner la liberté d’expression pendant des centaines d’années sans montrer de caricatures de Mahomet. » Claus Hjortdal, président de l’Association des directeurs d’établissement

En France, par solidarité avec le Jyllands-Posten, Charlie Hebdo reprend les dessins, le 8 février 2006, avec d’autres. Le journal ­satirique devient alors une cible pour les islamistes. Si le caricaturiste danois Kurt Westergaard (mort en 2021) échappe de peu à une attaque chez lui en 2010, l’attentat contre Charlie Hebdo, qui fait douze morts, le 7 janvier 2015, rappelle aux Danois la réalité des menaces proférées par les fondamentalistes.

Le Jyllands-Posten décide alors de ne plus jamais republier les caricatures. Dans un éditorial, le lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, le quotidien titre : « La violence fonctionne ». Le 30 septembre 2015, dix ans jour pour jour après la première publication, le journal réimprime la page, mais laisse douze espaces blancs en lieu et place des dessins. Et puis, cinq ans plus tard, le 16 octobre 2020, Samuel Paty est assassiné près de son collège, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), après avoir montré des caricatures en classe.

Il vous reste 50.3% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We want to say thanks to the author of this post for this awesome content

Au Danemark, l’enseignement de la crise liée aux caricatures de Mahomet oppose les députés

Fuzzy Skunk