« Au p’tit bonheur » : « J’ai pris ma revanche sur tous ceux qui me traitaient d’abruti »

Par Stefania Rousselle

Publié aujourd’hui à 10h00

« Dès qu’on a le temps, avec mon père, on va dans les déchetteries ramasser du cuivre et trouver des trésors. Je peux vous montrer les deux imprimantes que j’ai trouvées la dernière fois, il y a une Canon et une HP, et elles fonctionnent nickel. Et puis, le cuivre, le ferrailleur en prend 6,30 euros le kilo, donc, quand vous multipliez ça par 100, ça fait un bon billet. Petit, on y allait en famille, avec ma mère et mes deux frères. J’en ai de super souvenirs. On avait les mains sales, on trouvait plein de choses, on était tout contents. On n’avait pas honte, non. Et puis ça permettait de remplir le frigo. Une fois, on avait si bien économisé qu’on a même pu s’acheter une deuxième voiture ! Les voisins pensaient qu’on était riches. Pas du tout, quand on avait faim, ce sont les poubelles des supermarchés qu’on faisait. Ma mère ne travaillait pas, elle s’occupait de nous. Mon père, lui, était ouvrier dans la métallurgie, juste à côté, à Liernais, l’usine en face de la station-service Rousseau. Mais son salaire ne nous faisait pas vivre.

Dès qu’ils en ont le temps, Olivier Demès et son père vont dans les déchetteries ramasser du cuivre et trouver des « trésors », qu’ils revendent.

« La fleur, c’est le renouveau et la fin d’une vie »

C’est à l’école que c’était dur. Je n’arrivais pas à suivre. Au primaire, ma maîtresse était terrible. Elle me mettait de grosses claques, elle me tirait les oreilles. Je me souviens d’une fois où elle a pris ses deux mains et a tapé mes deux joues très fort en même temps. Elle m’avait fait tellement mal. Elle a fini par me faire passer des tests parce qu’elle s’est quand même rendu compte qu’il y avait un problème. J’avais beaucoup de retard. J’ai été placé dans un établissement médico-psycho-pédagogique. Une sorte de pension avec des psychologues. J’avais 12 ans. J’étais bien. Personne ne me réprimandait. On m’écoutait et on essayait de comprendre. J’avais un bus qui me déposait chez moi deux fois par semaine, le mercredi et le vendredi, et mes parents venaient souvent me voir avec leur vieille Peugeot 405 d’un beau bleu foncé. Elle était classe. J’étais trop fier.

En visite chez ses parents pour le week-end dans les premiers jours de l’année 2022, Olivier Demès en profite pour partager une galette en famille.

Je suis passé ensuite en institut médico-éducatif. Là, c’était plus dur avec les autres élèves, je me souviens d’une fille qui m’avait claqué la porte sur les doigts. Mais bon, je m’y suis fait, à ces humiliations, et j’ai appris à me défendre. Mais ce que j’ai appris surtout, c’est un métier : celui de maraîcher horticulteur. J’avais fait plein d’ateliers : maçonnerie, menuiserie, repassage, cuisine. Mais m’occuper des fleurs, c’est ça qui me plaisait. J’aime leur beauté. La fleur, c’est le renouveau et la fin d’une vie.

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