Brodeurs, couturiers, lunetiers ou chausseurs : des artisans aux mains d’argent

Par Sophie Abriat

Publié aujourd’hui à 06h00

Dans l’atelier des chaussures de luxe J.M. Weston, à Limoges.

« Quand les gens visitent l’atelier et voient toutes les étapes nécessaires à la confection d’un pull, ils ressortent en disant : “Finalement, ce n’est pas cher », constate Luc Lesénécal. Le président des Tricots Saint James égrène fièrement tous les paliers nécessaires à la fabrication du typique pull marin de la marque, bleu marine de préférence, clas­siquement boutonné à l’épaule, vendu 139 euros.

« Je suis fier d’avoir obtenu ce label. Tout le monde ne l’a pas, il y a une vraie sélection. On ne peut pas tricher, on ne paye pas pour l’avoir, comme avec d’autres, il y a un audit, c’est du sérieux. » Antoine Agulhon, cogérant de La Botte gardiane

Qui soupçonnerait qu’il faut 23 kilomètres de fils de laine passés entre dix-huit mains pour confectionner une telle pièce ? Mais aussi un savoir-faire spécifique de remaillage, c’est-à-dire la fixation du col au corps, maille par maille, pour lui donner de l’élasticité et de la solidité. Cette technique exige plus de dix-huit mois d’apprentissage, comme d’ailleurs chacun des 75 métiers de la maison, insiste le patron.

Une fois les panneaux tricotés, les couturiers, à l’œil aguerri, procèdent au racoutrage, comme on dit en patois normand : ils rattrapent à la main les mailles qui ont sauté et retirent, en s’aidant d’une loupe, chacune des impuretés, comme ces brins de paille entrelacés dans les fils de laine. Les jerseys de coton servant à la confection des marinières sont, quant à eux, taillés en « ­matelas » de vingt couches, découpées à la scie circulaire suivant un patronage tracé à la craie qui garantit un alignement ­parfait entre les rayures des manches et celles du tronc.

La certitude d’objets bien pensés et bien faits

À l’atelier, qui regroupe 260 artisans, la marque a ses propres instructeurs. Ces derniers ont eux-mêmes reçu une formation de formateur pour transmettre ces savoir-faire ­précieux valant à l’entreprise la labellisation Entreprise du patrimoine vivant (EPV). Ces trois lettres sonnent com­me un nom de code. Encore peu connu du grand public, le label EPV fait la fierté de ceux qui l’obtiennent. Il prend la forme d’un logo rouge que les artisans aiment pla­carder à l’entrée de leur atelier telle une récompense durement acquise. Pour les clients, plus qu’une promesse, c’est la certitude d’objets bien pensés et bien faits. « L’EPV, c’est la crème du made in France. Produire dans l’Hexagone n’est pas en soi un gage de qualité, l’EPV, si ! », ­souligne Luc Lesénécal.

Entre labellisés EPV, on se reconnaît, on se respecte, on collabore. On sait aussi qu’on fait partie d’une famille de plus en plus regardée, à l’heure où l’artisanat – s’il est bien marketé – non seulement n’est plus considéré comme anachronique, mais constitue un atout sup­plémentaire pour vendre. « Ces entreprises veillent ensemble sur un trésor : celui du patrimoine manufacturier et artisanal français. Elles sont la vitrine de la haute fabrication française », renchérit-on à l’Institut national des métiers d’art (INMA), qui gère ce label depuis 2019. Ni plus ni moins qu’« une recherche de l’excellence française comme au XVIIIe siècle », précise l’institut.

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Brodeurs, couturiers, lunetiers ou chausseurs : des artisans aux mains d’argent

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