Fishbach, prêtresse néo-païenne de la pop française

Par Stéphane Davet

Publié aujourd’hui à 11h07, mis à jour à 14h00

La chanteuse Fishbach, dans les Ardennes, le 9 février 2022.

Debout avant l’aube, Flora Fishbach avait hâte que le soleil se lève pour se dégourdir les jambes. Cette matinée de février est radieuse, mais, même quand la brume assombrit les reliefs de la vallée de la Semoy, l’Ardennaise adore les grandes marches qui oxygènent, le chant apaisant de la rivière ou du vent dans les arbres. Autant que de se requinquer devant une cacasse à cul nu, cette rustique potée régionale à base de pommes de terre, d’oignons et de lard, que sa mère aime lui mitonner quand la randonneuse passe en voisine.

Ce décor rural, planté à une vingtaine de kilomètres au nord de Charleville-Mézières (Ardennes), n’est pourtant pas qu’un terrain de sport. On s’en aperçoit au fil de la balade où la chanteuse, connue sous le nom de Fishbach, et Ardent, son berger hongrois, nous entraînent le long des boucles de la Semoy en crue ou dans les bois pentus, parsemés de spectaculaires affleurements de schistes. Elle confie : « Ces endroits ont quelque chose d’habité, une étrangeté inspirante. » En phase avec la gravité magnétique de sa voix et la théâtralité de son répertoire.

La profondeur sombre de ces forêts, ce rocher englouti par les eaux, ces autels géants que la nature a sculpté dans l’ardoise apparaissent dans le tout récent clip de Téléportation, l’un des titres de son deuxième album, Avec les yeux, sorti le 25 février.

Sur fond de synthétiseur onirique et de guitare planante, la fille aux perçants yeux iris bleu-vert s’y métamorphose en prêtresse néo-païenne, cousine ardennaise de Kate Bush, mise en scène et en costumes par Aymeric Bergada du Cadet. Un photographe et réalisateur, fidèle complice de ses créations visuelles, qui, il y a quelques mois, l’avait transformé en Marlene Dietrich sexy de cabaret funky pour le single Masque d’or. Avant peut-être de mettre en images les multiples personnages (diva matrixienne, princesse gothique, mais aussi femme fragile se retournant sur ses brûlures…) peuplant un disque dans lequel Fishbach a refait le plein de mystères et de « désir loup-garou ». « Je voulais sortir de la case “angrogyne aux sourcils froncés” du premier album, explorer d’autres facettes de ma personnalité et de ma musique. »

Sons eighties et sentiments à vif

Après les tâtonnements de débuts anglophones au sein du duo rock Most Agadn’t, Flora Fishbach, née à Dieppe (Seine-Maritime) il y a trente ans, s’était rapprochée de la langue française et de la chanson pour tisser, en solo, un univers plus personnel. Dans la seconde moitié des années 2010, elle et des copines comme Juliette Armanet ou Clara Luciani perçaient en affirmant, chacune à leur façon, leurs envies d’effacer les vieux clivages entre aristocratie pop et chanson de variété.

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Fishbach, prêtresse néo-païenne de la pop française

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