Glenn Martens et Stéphanie D’Heygere, l’art de tisser une amitié

« Glenn était dans une promotion au-dessus de la mienne. Comme il était passé par tous les projets imposés, je lui demandais toujours des conseils, son avis », se souvient Stéphanie D’Heygere, en évoquant Glenn Martens, qui a lui aussi étudié à ­l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, en Belgique. « La première jupe réalisée par Stéphanie à l’école était un coussin XXL très expérimental qui venait entourer le corps du mannequin », cafte l’intéressé. Elle : « Pfff… C’était nul ! J’ai bien cru que je serais virée dès la première année… »

Preuve que la transmission n’est pas qu’une affaire de liens du sang ou de génération, eux échangent comme dans une partie de ping-pong depuis quinze ans. « On n’est pas toujours d’accord, mais on s’enrichit, on découvre, on apprend ensemble », disent-ils de concert. Glenn Martens, directeur artistique de Y/Project depuis 2013, a su faire de ce label parisien une griffe déconstruite excitante et sensuelle.

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A sa demande, Stéphanie D’Heygere en imagine les bijoux et certains accessoires. « Parmi les personnes avec qui je travaille, Stéphanie est celle que je connais depuis le plus longtemps, confie Glenn Martens. Psychologiquement, cela me rassure. Elle est toujours là, à fumer sa clope avant le défilé et à me dire : “Mais si, ça va être très bien, c’est ta meilleure collection !” Elle a la présence réconfortante d’une petite sœur. »

Un sens flamand du rentre-dedans

Tous les deux viennent de Flandre : Stéphanie, fille d’architecte d’intérieur qui l’a initiée au style, de Courtrai ; Glenn, qui a hérité de ses parents un goût pour l’histoire et son lien avec le vêtement et a étudié l’architecture d’intérieur, de Bruges. Même appétit de « bons vivants », même espièglerie et humour noir. « Le sens flamand du rentre-dedans », se marrent-ils, la cigarette au bec, avec le même accent des Belges de l’Ouest. « On a cet accent flamand sous-titré même à la télé flamande ! », rit-elle, quand lui se ­souvient qu’il devait échanger en anglais avec ses professeurs à Anvers, tant ces derniers avaient du mal à le comprendre.

A l’université, leurs collections de fin d’études avaient déjà un peu de la saveur que prendra plus tard leur travail : un prêt-à-porter architecturé, mis sens dessus dessous pour lui ; un détournement second degré d’objets quotidiens dans une optique surréaliste chez elle, qui invente, pour sa griffe personnelle, D’heygere, des bagues porte-cartes, des boucles porte-cigarettes… A peine débarqué chez Y/Project à Paris, en 2013, Glenn Martens fait appel à son amie, alors consultante. Elle propose une ceinture en cuir dont la boucle en aluminium forme un Y. C’est un carton.

Depuis sont nés de leur dialogue des boucles d’oreilles en spirale ou figurant des positions du Kama-sutra, des piercings tribaux, des fleurs de laiton laqué… « Entre nous, tout est très fluide, expliquent-ils. On n’a besoin que de deux rendez-vous par saison pour travailler. On partage des idées, des photos par SMS, le tout entre une blague et un émoji cœur. » Outre leur amitié, ils ont remarqué que c’est « le goût du conceptuel » qui les lie. Une camaraderie que les deux complices, toujours partants pour la prochaine plaisanterie, le prochain texto, la prochaine cigarette, ne comptent pas rompre de sitôt.

Instagram : @glennmartens

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