Horlogerie : la montre joaillière, une poésie d’or et de pierres

La montre de haute joaillerie ne se contente plus de briller. Lors du salon horloger Watches and Wonders, qui s’est tenu à Genève jusqu’au 5 avril, les différentes possibilités offertes par les gemmes ont marqué les esprits et les rétines. D’un côté, la multiplication des pierres précieuses continue d’occuper les plus hautes sphères : des montres totalement serties de diamants baguette aux caratages abondants sont généralement éditées en pièces uniques ou presque. De l’autre, l’horlogerie ose des créations plus narratives, laissant libre cours à des imaginaires poétiques.

Piaget propose ainsi une Limelight Gala High Jewellery toute de diamant vêtue. La créativité s’épanouit dans les formes sculpturales, opulentes, proches du vêtement, composées de quatre cent quarante-six diamants tailles baguette, marquise ou brillant. Rolex a préféré mettre en valeur sa science des mariages de couleurs. La sportivité d’une Yacht-Master 40, montre large et rigoureuse, se voit tempérée par une lunette nourrie de gemmes multicolores. Après la folie des sertissages dits « rainbow », qui ont illuminé les montres des années 2016 à 2020, les variations de couleurs se font plus subtiles, ici avec un jeu rythmique de saphirs rose, bleu ciel, diamant, saphirs violet et bleu foncé.

Piaget Limelight Gala High Jewellery.

A ces savoir-faire purement joailliers, qui mettent en exergue le travail des lapidaires, d’autres préfèrent une palette de techniques rares. Le grand spécialiste de ces montres dites « métiers d’art » reste Cartier. La marque proposait le catalogue le plus vaste et ambitieux depuis des années sur ce créneau très particulier. Et parmi les douzaines de pièces d’exception présentées, il en est une qui résume à elle seule l’étendue de ses compétences : la Ronde Louis Cartier Eclats de Panthère, nouvelle interprétation d’un de ses thèmes les plus chers.

Ronde Louis Cartier Eclats de Panthère.

La tête féline, incroyablement graphique et complexe, s’exprime grâce à la convergence de dix métiers. Parmi eux, le sertissage, pour les diamants poire qui font office d’yeux, mais aussi la marqueterie de paille, de bois, de saphir et de nacre. Cent vingt éléments sont ainsi pris dans une résille d’or, structure filigrane, tridimensionnelle et puissamment évocatrice.

Un parterre de nacre

Dès que les techniques se mélangent, le rendu monte en inventivité. Jaeger-LeCoultre s’est donc appuyé sur des savoir-faire particuliers pour créer une impression de flottement dans un ciel nocturne. Le cadran de la Rendez-Vous Star est recouvert de nuages, proches d’un croissant de lune d’or. La voûte céleste est grise, parcourue d’étoiles dont une est filante. Elle est peinte sur un disque rotatif, qui traverse le cadran comme elle le ferait d’un paysage. Et la fréquence à laquelle elle le fait est quasi aléatoire. Le verre qui les surplombe est serti de diamants dans son épaisseur, brouillant encore un peu plus la perception des niveaux, comme un regard troublé par la brume.

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Absent du salon Watches and Wonders depuis quatre ans, Van Cleef & Arpels signait cette année son grand retour. Depuis 2010, la marque propose dans sa collection Le Temps Poétique des modèles qui repoussent à chaque fois les limites de la montre joaillière, toujours surprenants. Le modèle Lady Arpels Heures Florales Cerisier est une sculpture animée, qui donne aussi l’heure. Le cadran est un parterre de nacre recouvert de fleurs en relief, entremêlées dans des branches où sont posés des papillons pervenche. Ce sont aussi elles qui donnent l’heure : il suffit de compter le nombre de fleurs ouvertes.

Jaeger-LeCoultre Rendez-Vous Star.
Van Cleef & Arpels Lady Arpels Heures Florales Cerisier.

Des fleurs « vivantes » : quand l’heure change, toutes celles qui sont ouvertes se referment lentement. Puis une autre série s’ouvre brusquement, révélant d’un coup leurs cœurs aux pistils de diamant. La position et la distribution des fleurs ne sont quasiment jamais les mêmes. Et leur lecture n’a rien d’instinctif, obligeant à plonger sans cesse le regard dans ce petit jardin botanique. En arrière-plan, le mouvement est d’un niveau technique très élevé et il s’efface derrière l’incroyable tendresse qui émane de cette pièce.

Chanel Mademoiselle Privé Collier Cage.

Chanel rend un double hommage à sa fondatrice et à l’histoire des objets horlogers les plus connus et précieux qui soient : les oiseaux chanteurs. Aux XVIIIe et XIXe siècle, des automates en forme d’oiseaux, présentés dans des cages, ornaient les salons des plus grands de ce monde, où ils sifflaient gaiement. Leur cadran se situait sur la face inférieure, visible facilement car ils étaient accrochés en hauteur. Gabrielle Chanel possédait une cage, objet décoratif de petit format offert par une de ses amies mannequin, dont elle avait orné un bout de canapé de son appartement parisien. Parcourant sans cesse ce lieu riche d’histoire, Chanel s’en inspire dans une pièce unique, Mademoiselle Privé Collier Cage. Son pendentif abrite deux oiseaux au corps de perle et un cadran caché sous le petit socle d’or. Au même titre qu’une enluminure ou un bas-relief, la montre supporte des récits. Et ce qu’elle nous dit est décidément d’une variété infinie.

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Horlogerie : la montre joaillière, une poésie d’or et de pierres

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