Jérémie Elkaïm : « De Mastroianni, je connaissais à l’époque surtout “La Dolce Vita” »

« J’ai 18 ans sur ce Polaroid pris par une de mes meilleures amies, Nadia Turincev, qui est aujourd’hui productrice de cinéma. C’était en décembre 1996. Marcello Mastroianni venait de mourir et Libération en avait bien sûr fait sa “une”. Je l’avais imité pour rigoler et, tac, Nadia avait capté ce moment. Je squattais chez elle à cette époque. Entre mes 14 et mes 19 ans, ayant quitté très tôt mes parents, je vivais toujours chez des amis.

De Mastroianni, je connaissais à l’époque surtout La Dolce Vita, dont j’aimais la déambulation, son personnage difficile à cerner, en suspens, et puis sa légèreté élégante. Nadia, qui connaissait un peu Chiara [Mastroianni], me racontait qu’elle avait assisté au tournage des Yeux noirs, de Nikita Mikhalkov, dans lequel jouait Marcello Mastroianni, et j’écoutais, fasciné, son récit… Nous étions très cinéphiles, avides de découvrir des films. J’aimais lire les critiques pour leur part romantique, leur gravité, ce côté “à la vie à la mort” des prises de position. Comme celles de Gérard Lefort, dans Libé justement, qui avait des envolées, sans langue de bois et avec des bons mots.

« Jouer au cinéma, c’était surtout pour moi l’occasion d’être infiltré sur un plateau où je pouvais ensuite poser des tas de questions, comme un étudiant. »

J’étais à un moment de ma vie où je commençais à fréquenter des gens de cinéma, du sérail, sans vraiment voir plus loin. Avec Antoine Desrosières et Mathieu Demy, que j’avais rencontrés dans un festival lorsque j’étais en seconde, on resquillait dans les fêtes de ciné. C’est comme ça qu’un soir, dans les jardins du Palais-Royal, à Paris, lors d’un cocktail organisé par le ministère de la culture, j’ai croisé François Ozon, qui m’a demandé de jouer dans un de ses courts-métrages, Les Puceaux.

Les choses s’improvisaient comme ça alors que je n’avais pas pour ambition de devenir acteur. Jouer au cinéma, c’était surtout pour moi l’occasion d’être infiltré sur un plateau où je pouvais ensuite poser des tas de questions, comme un étudiant, sur les optiques, les filtres, la pellicule, l’exposition, la hiérarchie… Les machines m’impressionnaient. Je voulais comprendre comment un film se fabrique. Plus tard, sur Banqueroute, d’Antoine [Desrosières], j’ai été ravi d’essayer d’être tour à tour scripte, perchman ou régisseur.

Réaliser a toujours été dans un coin de ma tête. Après les films que j’ai faits avec Valérie Donzelli, on m’a proposé des projets de réalisation. Mais, à chaque fois, je sautais du train en marche, parce que je n’arrivais pas à trouver une histoire qui cristallise quelque chose de suffisamment personnel. Et puis je sacralisais sûrement trop la position d’auteur… Il y a quelques années – crise de la quarantaine oblige ! –, j’ai décidé d’arrêter de jouer.

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Je me suis avoué que, même si j’avais tourné une trentaine de films comme acteur depuis l’époque de cette photo, ce n’était pas ma vocation. Cela troublait mon rapport à moi-même, cela me déséquilibrait, me boursouflait l’ego. J’ai écrit davantage, collaboré à des scénarios, aidé comme consultant. Jusqu’à m’autoriser à réaliser moi-même aujourd’hui. En essayant d’être à la juste place. C’est-à-dire sans me surcharger de pression inutile et, surtout, en évitant de trop me regarder faire. »

Ils sont vivants (1 h 52), de Jérémie Elkaïm. Avec Marina Foïs et Seear Kohi. En salle.

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Jérémie Elkaïm : « De Mastroianni, je connaissais à l’époque surtout “La Dolce Vita” »

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