Karim Tadjeddine, le super-consultant macroniste dans la tourmente

Membre de « la Firme »

Né en 1975, Karim Tadjeddine a un CV impressionnant : Polytechnique, Ecole nationale des ponts et chaussées, un début de carrière comme haut fonctionnaire à Bercy. En 2006, il passe au privé et rejoint McKinsey. C’est le plus prestigieux, le plus secret et, selon sa réputation, le plus influent des cabinets de conseil américains. Dans le secteur, on le surnomme tout simplement « la Firme ». Tadjeddine en est un des directeurs associés en France, chargé des missions confiées par l’Etat. Ce marché ne représente que 5 % du chiffre d’affaires de la filiale française, mais il est porteur. Depuis le début des années 1990, l’administration ne cesse de déléguer des missions aux consultants privés, et la tendance s’accélère.

Macroniste de la première heure

Emmanuel Macron et Karim Tadjeddine se connaissent depuis 2007. Le premier, jeune inspecteur des finances, est rapporteur adjoint de la commission Attali. Le second mène l’équipe de McKinsey qui assiste la commission. Dix ans plus tard, Tadjeddine est aux premières loges de la campagne présidentielle de Macron. Comme le détaille une enquête de M Le magazine du Monde sur McKinsey publiée en février 2021, une vingtaine de consultants du cabinet offrent leurs services, à titre personnel, contribuant à l’élaboration du programme et à l’animation de la campagne. En pleine pandémie de Covid-19, d’autres médias révèlent que l’Etat sous-traite à McKinsey une partie de la gestion de la crise.

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Malmené par le Sénat

Fin 2021, après les révélations de la presse, le Sénat crée une commission d’enquête. Pour la première fois, les dirigeants des principaux cabinets doivent s’expliquer publiquement, et l’Etat est obligé de livrer des chiffres jusqu’alors introuvables. L’an dernier, le secteur public a dépensé plus de 1 milliard d’euros en consulting. Le Covid-19 n’explique pas tout. Sous le quinquennat Macron, ce poste de dépenses a plus que doublé. McKinsey n’est pas la seule société à en avoir bénéficié, mais son cas attire particulièrement l’attention. Karim Tadjeddine est auditionné sous serment le 18 janvier. Les sénateurs reprochent au cabinet un manque de transparence, s’inquiètent d’éventuels conflits d’intérêts et s’interrogent sur l’utilité de certaines missions facturées à l’Etat.

Témoin peu convaincant

L’enquête de M a révélé que les activités françaises de McKinsey sont gérées par une société domiciliée dans l’Etat américain du Delaware. Un petit paradis fiscal, qui ne taxe pas les bénéfices. « Je le dis très nettement : nous payons l’impôt sur les sociétés en France », assure pourtant Karim Tadjeddine, sous serment, au Sénat.

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Mais les parlementaires découvrent auprès du fisc que McKinsey ne paie rien « depuis au moins dix ans ». Grâce à des frais facturés par la société du Delaware au bureau parisien, les bénéfices déclarés en France ont fondu, et l’impôt aussi. Cette optimisation fiscale est légale. En revanche, le code pénal punit les faux témoignages sous serment. Le 25 février, le Sénat fait part de son « soupçon » et annonce saisir la justice. Il n’y a pas eu de « combines » avec McKinsey, doit se défendre le candidat Macron.

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