La mode se retrousse les manches

Ils appartiennent au groupe de ceux dont le corps est l’outil de travail. Manches relevées, des années durant, ces hommes et ces femmes manipulent, portent, tirent, soulèvent, poussent, pédalent, assemblent… Verso du vêtement bourgeois qui, tout en parant le corps, l’exempte et le protège de l’effort, le retroussage de manches est le marqueur de cette classe laborieuse.

Motif omniprésent de la peinture sociale, patriotique, féministe – à l’image de la célèbre Rosie la riveteuse exhibant ses biceps –, il évoque l’effort physique et ces générations de trimeurs dont le sort semble lui aussi plié, enroulé sur lui-même. La beauté des silhouettes ainsi sculptées faisant oublier la peine et les douleurs qui les ont façonnées…

Se retrousser les manches peut exprimer sa bonne ­disposition… mais aussi évoquer une certaine désin­volture.

Reprenant ce geste à leur compte, les bosseurs du tertiaire, stakhanovistes en col blanc, remontent les manches de leur chemise quand de nouveaux objectifs sonnent l’heure de donner un coup de collier. L’imagerie politique aussi est truffée de ces instants de campagne électorale où le candidat tombe la veste. Manches relevées, montrant qu’il ne dissimule rien dans sa doublure, il tente de jouer cartes sur table, droit dans les yeux. Se retrousser les manches peut exprimer sa bonne ­disposition… mais aussi évoquer une certaine désin­volture.

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Ce geste au caractère affirmé ­présente ­l’avantage de donner aux ­phy­sio­nomies marquées par un métier sédentaire et les déjeuners à la cantine une allure plus ­athlétique. Plus encore, il permet de jouer avec les différentes couches de ­vêtements, ce que les Anglo-Saxons appellent l’art du layering.

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Il rend enfin ­possible le port de vêtements trop grands, initialement destinés à d’autres, comme on en trouve dans tous les ­courants et contre-courants de la mode sous le nom d’oversized. Trenchs, blousons, vestes, chemises et pulls démesurés, à la limite du ­costume de clown s’ils étaient portés tels quels, n’attendent qu’un simple revers pour apporter à l’ensemble la touche manquante de co­quet­terie, ce twist ou pas de côté qui ajuste la pièce au corps et lui confère une élégante singularité.

Veste amovible en satin, Fendi, 3 000 €.
Chemise Matthieu en coton, A.P.C., 165 €.
Veste en polyamide, Bottega Veneta, 1 700 €.
Veste brodée en lin et laine, et chemise brodée en organza de soie, Louis Vuitton, prix sur demande et 2 900 €.
Parka en coton, Loewe, 2 800 €.
Top plissé Pleats Please, en polyester, Issey Miyake, 240 €.

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La mode se retrousse les manches

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