L’Atelier Ellena, le parfum de père en fille

Par Claire Dhouailly

Publié aujourd’hui à 19h00

Ces deux-là respirent la joie de travailler ensemble. Dans leur tout petit atelier à Spéracèdes (Alpes-Maritimes), avec vue imprenable sur la campagne grassoise, père et fille composent dans le calme des parfums délicats pour Frédéric Malle, Le Couvent, Houbigant, Laboratorio Olfattivo ou 100BON, pour qui ils ont imaginé une nouvelle collection dont les trois premières fragrances évoquent le désir.

Vous ne verrez pas Jean-Claude et Céline Ellena signer pour un gros groupe ni répondre à un quelconque « brief marketing », un terme qui leur fait horreur. Ce qui leur plaît, c’est embrasser des projets de A à Z. « On vient nous voir en nous disant “je veux un féminin, un masculin” ou juste “je veux un parfum” », explique le premier. « Ensuite, on fait de notre mieux, on écrit une odeur et les mots qui l’accompagnent. »

Approche artistique et artisanale

L’Atelier Ellena revendique la haute qualité comme signature. En début de projet, chaque client doit accepter un contrat qui rémunère aussi bien le travail d’études en amont que la création du parfum final. « Et, en plus, on est chers ! Cela permet d’éliminer beaucoup de clients », ironise le parfumeur. L’Atelier répond à une dizaine de projets par an, et, même si Céline Ellena avoue gagner moins bien sa vie qu’à l’époque où elle travaillait à Paris pour des maisons de composition comme Symrise ou Charabot (on lui doit plusieurs parfums de The Different Company), elle se dit aussi beaucoup plus heureuse avec cette nouvelle liberté créative.

« C’est le grand conseil que je donne aux jeunes parfumeurs : pesez vos formules, restez dans la matière. » Jean-Claude Ellena

Le nom « Atelier » a été choisi pour désigner cette approche artistique et artisanale, père et fille ayant les mains dans le cambouis, notamment parce qu’ils pèsent eux-mêmes les ingrédients du parfum à la main, une exception dans le métier. Traditionnellement, le parfumeur tape ses formules sur ordinateur et c’est un assistant qui pèse les essences au goutte-à-goutte, dans un laboratoire annexe. Une étape indispensable et parfois fastidieuse à l’élaboration d’un parfum. « C’est le grand conseil que je donne aux jeunes parfumeurs : pesez vos formules, restez dans la matière. On me dit minimaliste, créant des formules courtes ; depuis que je les pèse moi-même, elles le sont encore plus », s’amuse Jean-Claude Ellena.

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Pour comprendre ce que ça change, il faut imaginer un cuisinier, le nez au-dessus de ses fourneaux, ajoutant progressivement des ingrédients. « L’odeur prend forme autour de vous et vous avancez en pensant “tiens, cet ingrédient, finalement, je ne vais pas le mettre ou celui-ci, je vais en augmenter la quantité”. Parce qu’on est dedans, on vit le parfum », estime Céline Ellena, qui se souvient, jeune parfumeuse, avoir considéré la pesée comme une punition : « Ça voulait dire que j’étais au bas de l’échelle. » En fondant son atelier et en n’ayant pas les moyens de rémunérer une assistante, elle a recommencé à travailler à la balance.

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