Le cabinet des curiosités de la peintre Carol Rama

Un tissu avec les empreintes des pieds de Carol Rama et de ses amis, notamment Felice Casorati, Daphne Maugham et Italo Cremona.

On s’attend à la voir surgir de sa chambre, avec son éternelle ­couronne de natte blonde. Sept ans après sa mort, Carol Rama semble toujours habiter sa « grotte » blottie dans un immeuble bourgeois turinois de la via Napione. Derrière la façade Art déco, à deux pas du fleuve Pô, la singulière artiste s’était construit un monde. Elle s’était installée là à 27 ans et y a vécu soixante-dix ans. C’est là qu’elle a conçu une œuvre à nulle autre pareille, exposée à la galerie LGDR, à Paris, jusqu’au 7 mai : des toiles tour à tour érotiques et abstraites, volcaniques et surréalistes.

A l’instar de la Franco-Américaine Louise Bourgeois, dont on la rapproche souvent, elle est entrée dans l’art comme d’autres en thérapie. « Je ne me sens en sécurité qu’en face d’une feuille blanche, avait-elle avoué à des étudiants milanais en 1981. C’est la seule chose qui soulage mes peurs. Peindre est ma transgression. » Son appartement, constitué de quatre petites pièces, est à son image. Arrivée au début des années 1940, en pleine guerre, elle en a fait sa maison, son atelier, son bureau, sa salle de bal, son capharnaüm. Rien n’y a bougé depuis sa disparition, en 2015, à 97 ans. Les murs sont noircis au cirage. La lumière naturelle est bannie, des rideaux noirs occultent les fenêtres : la vue sur les Alpes l’aurait divertie de son œuvre.

Ebouriffante de liberté

Cette dans cette stupéfiante caverne, en partie recréée dans une salle de la galerie LGDR, que l’autodidacte, vite enfuie de l’académie de Turin, a travaillé d’arrache-pied à une œuvre longtemps restée méconnue. Jusqu’à ce que, dans les années 1980, elle soit « découverte » par des artistes et des critiques plus jeunes. Et qu’en 2003, à 85 ans, elle remporte enfin la consécration, le Lion d’or à la Biennale de Venise. La vieille dame sourde et acariâtre qu’elle était devenue fascinait le monde de l’art qui n’a de cesse, depuis quelques années, de mettre au premier plan des artistes femmes longtemps méprisées, a fortiori quand leur création était aussi empreinte de sexe, aussi ébouriffante de liberté.

Dans l’atelier de Carol Rama, à Turin. Sur la photo encadrée figure un portrait de l’artiste italienne.
L’affiche d’une exposition de Carol Rama en 1975.

Ses adeptes peuvent désormais visiter les lieux, ouverts au public depuis 2019. L’administration culturelle de Turin, alertée, a en effet su classer à temps l’appartement, avant que le propriétaire des lieux ne le démantèle. La Fondazione Sardi per l’Arte a acquis tous les biens et les a offerts à l’association Archivio Carol Rama. C’est cette dernière qui gère aujourd’hui ce trésor national et en propose la visite. A la mort de la peintre, des chercheurs ont fait l’archéologie de chaque bien, afin d’en constituer le catalogue raisonné. Mais mille détails gardent leur énigme.

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Le cabinet des curiosités de la peintre Carol Rama

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