Le journal de deux sœurs séparées par la guerre en Ukraine : « Ce qu’on découvre à Boutcha et dans la région est affreux. Aujourd’hui, c’est le jour le plus noir de toute la guerre »

Olga et Sasha sont deux sœurs ukrainiennes. La première a 34 ans et est caviste à Paris, où elle habite depuis sept ans. La seconde, âgée de 32 ans, vit à Kiev. Au début de la guerre, elle s’est installée, avec sa mère, son compagnon, Viktor, son chien et son amie Y., dans un immeuble ayant un parking ­souterrain. Au rythme des sirènes et des explosions, tous font des allers-retours entre l’appartement et le sous-sol. Les deux sœurs ont accepté depuis le début du conflit de tenir leur journal de bord pour M. En France, Olga a attrapé le Covid-19. Au pays, Sasha s’apprête à regagner son domicile. Toutes deux sont sous le choc de la découverte des horreurs commises par les forces russes.

Le journal d’Olga et Sasha, au fil des semaines

Le 24 février 2022, l’existence d’Olga, 34 ans, et de Sasha, 32 ans, a basculé dans la guerre. L’aînée vit cette tragédie depuis la France, la cadette est bloquée à Kiev, en Ukraine, réfugiée dans un parking souterrain. Elles ont accepté de raconter leur quotidien.

Mardi 29 mars

Olga : Je croyais que j’avais une grosse crève, mais, en fait, j’ai le Covid. Le pack complet : toux, fièvre, maux de tête. J’étais ­tellement épuisée que le virus a vu en moi une excellente cible ! Je m’isole.

Sasha : Je me suis réveillée tôt pour préparer le petit déjeuner pour tout le monde : des œufs, des saucisses et même des croissants (congelés). Je me sens bien, le temps est beau. Je me suis posée sur la terrasse pour lire un bouquin. J’ai écouté aussi quelques podcasts. Toute la journée, j’entendais des explosions au loin. On dit que c’est notre armée qui tient des positions pendant que les troupes russes se déplacent vers les régions de l’Est et du Sud à la suite des négociations d’Istanbul. Malgré tout, on ne se sent pas vraiment soulagés, on ne fait pas confiance aux Russes. En aucun cas. La vie ici va être dure même si on n’a plus de risque venant du ciel. Vigilance, ce sera le mot de 2022.

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Mercredi 30 mars

Olga : Ma vie, c’est comme être sur un carrefour giratoire. Depuis le début de la guerre, les semaines se répètent inlassablement. Le lundi, je ne vais vraiment pas bien, je veux à tout prix faire venir les miens ; le mardi, je pète des câbles, le matin surtout. Les mercredi, jeudi, vendredi, samedi, je remonte la pente, ça va à peu près. Et le dimanche, je commence à replonger. Je revis les mêmes émotions et sentiments chaque semaine. C’est un phénomène assez incroyable. Et ce virus qui me vole mes forces et mon énergie ! Toute la journée, j’écoute des interviews d’analystes, de politologues, de journalistes. Ça me fait l’effet d’un anxiolytique. Sinon, je réfléchis trop et je ne veux plus réfléchir.

Sasha : Ce matin, on n’a pas pu se faire à manger ni même un café. On n’a plus d’électricité. Il y a eu un accident qui ne serait pas lié aux actions militaires. Des réparateurs vont venir à la résidence aujourd’hui. J’ai supprimé Facebook et Instagram de mon téléphone, je n’en peux plus de voir les mêmes choses de tous les côtés. Mon esprit a besoin d’intimité et de tranquillité. Il me reste seulement quelques tchats sur Telegram pour avoir des nouvelles rapidement. Je me force à ne les regarder que trois fois par jour. Je consulte aussi The Economist, The New York Times, The Guardian et, chez nous, Ukrayinska Pravda et Radio Svoboda. Aussi, j’aime bien les posts de Tom Cooper, c’est un analyste militaire. J’ai toujours été une grande lectrice de la presse. Ça faisait partie de mon travail en tant que spécialiste des relations publiques. Avant la guerre, je lisais chaque jour une dizaine de journaux.

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Le journal de deux sœurs séparées par la guerre en Ukraine : « Ce qu’on découvre à Boutcha et dans la région est affreux. Aujourd’hui, c’est le jour le plus noir de toute la guerre »

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