Le maître flamand de la mode dévoile sa palette de parfums

Par Valentin Pérez

Publié aujourd’hui à 19h00

Les familiers de Dries Van Noten y verront un jeu de piste végétal. Un seul pschitt de l’un des parfums que lance, en ce début mars, la griffe belge, et les images resurgissent. La fleur d’oranger dessinée au dos d’une très belle cape grise, l’iris d’un chemisier jaune pâle en soie du printemps 2008, les feuilles vertes majestueuses d’un imprimé du printemps 2012 et, bien sûr, la rose, fleur fétiche du créateur, réinterprétée en toute occasion…

Des senteurs tendres, mais toujours bousculées par des notes plus ténébreuses, à la manière de sa collection masculine du printemps 2014, où il avait mêlé à des bourgeonnements hawaïens exotiques et des damas mordorés éblouissants des marine et gris profonds, relevés de lunettes noires un peu louches de rockeur canaille. « Je ne cherche jamais la facilité ou, pire, à faire joli, résume le designer flamand. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui déstabilise. »

Réputé pour ses imprimés fleuris

Sa première collection de beauté comprend dix parfums unisexes, du soin, des savons, des rouges à lèvres. Lancée dans ses boutiques ces jours-ci, elle sera déployée, à compter de mai, auprès d’une poignée de revendeurs. Depuis au moins quinze ans, la possibilité d’une déclinaison de sa mode en fragrances était devenue une antienne du petit milieu de la parfumerie.

Comment Dries Van Noten, coloriste de haut vol réputé pour ses imprimés fleuris, aux références riches (camouflage, papillons, échappées en Inde, fantasmes viscontiens…) et jardinier passionné, ne donnerait-il pas envie d’encapsuler son univers dans un flacon ? « Son travail mixe explosion de tons et contraste des matières. Ce qui ne peut être que porteur pour travailler en parfumerie couleurs et textures », relève le nez Quentin Bisch.

Dries Van Noten, dans son bureau, le 16 février 2022, à Anvers.

En 2013, l’éditeur de parfums Frédéric Malle était parvenu à convaincre le créateur de se laisser tirer le « portrait olfactif ». Dans un jus conçu « comme un manteau d’hiver couture », vantait avec emphase la marque à sa sortie, le nez Bruno Jovanovic l’avait esquissé à coups de bois de santal, vanille, safran, jasmin et musc blanc. Depuis lors, Dries Van Noten le portait, lui qui fut, « comme beaucoup de gens de [sa] génération, un adepte, dans l’enfance, d’eau de Cologne 4711, de Maürer & Wirtz, puis, en grandissant, d’Aramis, ­d’Estée Lauder, et de Yatagan, de Caron ».

Un groupe aux reins solides

Savait-il que le parfum serait une voie qu’il explorerait en missionnant, fin 2017, Elsa Berry ? Fine mouche des « fusacs », comme les initiés appellent ces fusions-acquisitions qui agitent l’économie, et notamment le secteur du luxe, la banquière installée à New York a pour ambition, à cette époque, de trouver un protecteur financier à la griffe du Belge. Indépendant depuis son lancement, en 1986, celui-ci lutte dans un monde où le luxe se concentre entre les mains de quelques groupes puissants (avant la pandémie, selon les analystes, seulement cinq acteurs — les français LVMH, Kering, Chanel et Hermès, et le suisse Richemont — se partageaient plus de 40 % du marché mondial).

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