Les robes fleurissent en ville

Romantique et bucolique, si fin, si frais, si délicat : le motif végétal fait graviter autour de lui toute une constellation d’idées, qualités et vertus qui lui sont rattachées comme une escorte et qui se présentent spontanément à l’esprit. Pour des raisons qui bien souvent nous échappent, l’ensemble indivisible ainsi formé semble à l’observateur aussi naturel que le ciel d’une nuit d’été rempli d’étoiles et de mystère. Heureusement, il existe des personnes pour questionner cet état de fait.

« Se rapporter à la nature comme à un support de projection émotionnelle est aujourd’hui devenu un lieu commun : regarder la nature, c’est être renvoyé à notre histoire personnelle, nos souvenirs, notre état affectif », avance l’historienne de l’art Estelle Zhong Mengual dans son essai Apprendre à voir, paru à l’été dernier (Actes Sud). « La campagne est belle en automne pour sa mélancolie, les montagnes sont sublimes en tant qu’elles nous rappellent notre fragile condition humaine », poursuit-elle.

Profondément enraciné, notre lien au motif végétal et surtout floral nous renvoie à la période rococo.

Pour tenter de renouveler notre regard face à ce que l’on a figé, elle adresse cette mise en garde : « Ce régime de lisibilité contribue paradoxalement à rendre le monde vivant illisible ; il contribue à le rendre impossible à apprécier pour sa richesse propre en significations incarnées dans des formes sensibles. » Le temps d’une enquête aussi luxuriante que passionnée, elle se démène pour extraire son regard des classifications dont il a pris le pli, observant l’ornement et le décor comme un sujet, l’abeille et la fleur dans une toile de Heade « comme des acteurs d’une relation en train de se jouer ».

Orchidée cattleya et trois colibris brésiliens (1871), de Martin Johnson Heade

Profondément enraciné, notre lien au motif végétal et surtout floral nous renvoie à la période rococo. Déjà présent au XVIIIe siècle, au milieu des dentelles, sur les robes à la française qui faisaient la réputation de notre pays dans le monde entier, il va façonner la grammaire de Christian Dior comme fait la gloire d’Yves Saint Laurent, période paysan chic, et plus largement trouver sa place dans la contestation hippie, avant de s’inviter sur les déshabillés grunge.

Elément de décoration coloré et expressif, reflet d’une sensibilité à fleur de peau (version Laura Ashley ou Petite Maison dans la prairie) et même fil rouge de la série Magnum, ce motif souffre d’avoir été mis en pot pour sa beauté et le miroir qu’on y voyait. Cette grille de lecture a trop vécu, mais il ne nous faut certes pas la détruire ! Seulement redoubler d’attention pour mieux regarder le vivant, humain comme non humain. Lui faire cette fleur.

Robe évasée en voile de coton, Comptoir des cotonniers, 123 €.
Robe midi en coton, Zimmermann, 795 €.
Robe courte Amélie, en chiffon de soie, Isabel Marant, 990 €.
Robe imprimée à manches bouffantes en viscose, Mango, 69,99 €.
Robe lavallière en georgette de soie pissenlit, Celine par Hedi Slimane, 2 290 €.

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Les robes fleurissent en ville

Fuzzy Skunk