« Maintenant avec ma mère et ma sœur, on parle tout le temps ­ukrainien. On s’était toujours parlé en russe. C’est fou comme sensation, c’est magnifique »

Par Elisa Mignot

Publié hier à 19h00, mis à jour hier à 19h00

Aline Zalko pour M Le magazine du Monde

Olga et Sasha sont deux sœurs ukrainiennes. La première a 34 ans et est caviste à Paris, où elle habite depuis sept ans. La seconde, âgée de 32 ans, vit à Kiev. Au début de
la guerre, elle s’est installée, avec sa mère, son compagnon, Viktor, son chien et son amie Y., dans un immeuble ayant un parking ­souterrain. Au rythme des sirènes et des explosions, tous font des allers-retours entre l’appartement et le sous-sol. Les deux sœurs ont accepté depuis le début du conflit de tenir leur journal de bord pour M. En France, Olga se remet du Covid-19 et reprend le travail. À Kiev, Sasha se fâche avec sa mère et se sépare de Viktor. Elle déménage dans la résidence de son amie Y., dans un petit appartement, seule avec son chien.

Le journal d’Olga et Sasha, au fil des semaines

Le 24 février 2022, l’existence d’Olga, 34 ans, et de Sasha, 32 ans, a basculé dans la guerre. L’aînée vit cette tragédie depuis la France, la cadette est bloquée à Kiev, en Ukraine, réfugiée dans un parking souterrain. Elles ont accepté de raconter leur quotidien.

Mardi 5 avril

Olga : Je dois reprendre le travail demain et je ne m’en sens pas du tout capable. Trop grosse fatigue à cause de mon Covid. Je pense beaucoup à Boutcha. Je ne veux pas imaginer ce qu’il se passe à Marioupol. Je suis allée faire des courses et me promener.

Sasha : Boutcha, Irpine, Borodianka – les mots font mal partout dans mon corps.

Je ne sais plus comment compter les jours. Il n’y a que les tragédies, les atrocités et les missiles qui se comptent. Des milliers de photos identiques de gens tués. Il ne s’agit plus de stress, c’est comme si tu vivais dans un accès de panique qui dure des semaines.

Les russes [Sasha a fait le choix de ne pas mettre de majuscule à russe et russie] se sont éloignés de Kyiv [M respecte le choix orthographique d’Olga et de Sasha]. On va quitter l’appartement de Y. et retourner chez nous. Je suis contente de retrouver mon appartement, mais l’idée d’habiter au dernier étage de l’immeuble (on est au 9e), ça n’est pas cool en temps de guerre. On n’a pas d’abri là-bas, en plus. Maman va rentrer chez elle aussi. Il faut qu’on passe du temps séparément. J’ai l’espoir qu’elle décide d’aller en France chez Olga. J’ai essayé de la forcer, mais elle ne veut pas partir sans moi. Pourtant, elle ne peut ni me protéger ni améliorer ma situation ici ! Je ne veux pas quitter Kyiv ni quitter Viktor, même si la relation est dure. Les gens reviennent, il y a des embouteillages à l’entrée de la ville.

Mercredi 6 avril

Olga : Je suis allée travailler. Ma mère a déménagé, elle n’est plus avec ma sœur. Elles se sont un peu engueulées. Ma mère est dans l’appart de ma grand-mère. Je m’inquiète, car j’ai lu plein d’­articles qui disent qu’il ne faut ni se cacher au dernier étage ni au rez-de-chaussée. Ma mère est au RDC et ma sœur sera au dernier… Mais, bon, apparemment, le PPO – la défense aérienne – ­travaille très bien.

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« Maintenant avec ma mère et ma sœur, on parle tout le temps ­ukrainien. On s’était toujours parlé en russe. C’est fou comme sensation, c’est magnifique »

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