Pierre Tachon : « Après une vie de carnivore, j’ai découvert de délicieux plats gastronomiques à base de légumes et de fruits de mer »

« Je suis venu au design d’abord pour contredire mes parents. J’étais bon à l’école, mon père était médecin, ma mère professeure d’histoire-géo, je portais leurs espoirs, et ils me destinaient à une grande école scientifique. Mais, lorsqu’on est adolescent, on est dans l’opposition. Ma mère m’a accompagné un jour à un salon de l’étudiant à Lyon, pour explorer les écoles préparatoires maths sup, maths spé, et je suis tombé sur un stand de l’école de design ESDI [aujourd’hui Creapole]. Le dessin me plaisait, et j’ai découvert la profession de designer.

Quand j’ai dit à mes parents que c’était ce que je voulais faire, cela a été très difficile. Pour eux, cela relevait du domaine de l’artistique et du farfelu, c’était une “voie de garage”. Bien que j’aie été major de ma promo en prépa, que j’aie pu entrer dans l’école sans passer le concours et trouver du travail dès ma deuxième année, ils sont toujours restés inquiets. Ma mère est décédée il y a treize ans, et je pense qu’elle est partie avec cette petite inquiétude au fond du cœur.

« Ma mère n’allait pas au supermarché mais plutôt chez le boucher, le poissonnier, le maraîcher. »

Originaire de Roanne, j’ai grandi au saucisson-pommes de terre, aux grattons et au bœuf bourguignon. Ma mère cuisinait beaucoup, une cuisine riche et viandarde, mijotée et toujours un peu en sur­cuisson, mais avec une culture de l’artisan. Elle n’allait pas au supermarché mais plutôt chez le boucher, le poissonnier, le maraîcher. Son livre de chevet était le livre blanc des frères Troisgros publié par les éditions Robert Laffont. Quand on recevait, elle faisait souvent le fameux saumon à l’oseille, qu’elle servait avec une antique saucière chauffante.

Alors que j’étais encore à l’ESDI, j’ai commencé à faire des stages et on m’a vite proposé du travail. Je me suis mis à bosser pour une agence le jour et une autre la nuit, en dormant trois à quatre heures entre les deux. Pendant dix ans, j’ai fait le mercenaire pour quasiment toutes les grosses agences parisiennes de design dans le luxe. Mon credo, c’était de casser les codes, de raconter des histoires, en mixant le classique et le moderne.

Un jour, on m’a suggéré d’envoyer mon book à Alain Ducasse. Il a mis un an à me rappeler, pour me proposer de travailler sur les livres de sa maison d’édition. Peu à peu, j’ai développé son identité visuelle, et, en 2003, j’ai lancé mon agence Soins graphiques (un clin d’œil à mon père) pour me consacrer au groupe Ducasse. En 2012, la manufacture de chocolat a été lancée avec Nicolas Berger. J’ai imaginé un design “brut” pour le chocolat comme pour les emballages. Je me suis battu, Alain Ducasse y croyait, c’est passé.

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J’adore manger mais Ducasse a bouleversé mon approche de la cuisine. Après une vie de carnivore, j’ai découvert que l’on pouvait faire de délicieux plats gastronomiques à base de légumes et de fruits de mer. J’ai découvert la simplicité, l’épure, la liberté de revenir à l’essentiel. Un esprit que l’on retrouve dans ce carpaccio à base de gamberoni, emblématique de la Méditerranée, agrémenté d’une pointe de Japon, avec l’ail noir, et, bien sûr, de cacao, qui lie les différents univers. »

Le Grand Livre de la naturalité, de A. Ducasse, R. Meder et J. Préalpato, Ducasse Edition.

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Pierre Tachon : « Après une vie de carnivore, j’ai découvert de délicieux plats gastronomiques à base de légumes et de fruits de mer »

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