Pour Founé Diawara, la présidente des Hijabeuses, le football tout voile dehors

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Founé Diawara ne se souvient pas très bien de ce match de 2015. Où était-ce ? Contre qui ? Elle a tout oublié. Sauf cet arbitre qui lui a demandé d’enlever son voile car, contrairement aux règles de la FIFA, l’article 1 des statuts de la Fédération française de football (FFF) interdit tout port de signe ­religieux lors des compétitions officielles. Exclue pour avoir refusé d’enlever son foulard, Founé Diawara a suivi le jeu depuis le banc avec « rage ». Son équipe a perdu. La footballeuse ne se rappelle plus le score non plus.

« 3-2 contre Villepinte en Coupe de France », lâche Erwan Gicquel, le coach d’alors. Lui se souvient de tout. Du vent, de la pluie et de cette adolescente qui « n’a pas lâché le morceau », alors qu’il avait besoin d’elle sur le terrain. Sept ans plus tard, l’entraîneur continue de raconter cette histoire à son entourage. Founé Diawara aussi la répète dans les médias, mais désormais en tant que présidente des Hijabeuses. Le collectif a été créé en mai 2020 sous l’égide d’Alliance citoyenne, une association qui mobilise des citoyens contre des règles et situations qu’elle estime injustes.

Pieuse, elle se défend de tout prosélytisme

Après avoir déposé, en novembre 2021, un recours auprès du Conseil d’Etat contre la FFF, les Hijabeuses multiplient les actions face à la proposition de loi Démocratiser le sport en France. Le 26 janvier, elles tapaient dans le ballon devant le Sénat pour protester contre un amendement des élus Républicains interdisant le voile lors des compétitions ­officielles. Les députés ont retoqué l’amendement le 8 février, puis les sénateurs ont rejeté l’ensemble du texte en nouvelle lecture le 16 février.

La lecture définitive à l’Assemblée ­nationale devait avoir lieu le 24 février. Pendant ce temps, le gouvernement se divise sur la question. Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes, soutient le droit à jouer au football avec un voile, tandis que Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté, se prononce contre le « prosélytisme dans les compétitions sportives ».

« Je ne pensais pas que cela irait si loin, confesse Founé Diawara, 22 ans, dans un café de Romainville, le 19 février. On veut juste jouer au foot. La compétition est la consécration de toute une semaine d’entraînement et la FFF nous en prive », explique-t-elle. Dans sa voix, ni colère ni rage. Elle reste si calme que l’on se demande si tout ça l’affecte vraiment. « Founé est très forte. Elle est capable d’encaisser beaucoup de choses. Ce n’est pas pour rien qu’elle est présidente », commente Anna Agueb-Porterie, organisatrice de communauté chez Alliance citoyenne.

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