A Montpellier, une vente aux enchères d’un masque fang perturbée par un partisan de la restitution

Annoncée comme un événement, la vente aux enchères d’un masque fang (Gabon), le 26 mars à Montpellier, n’a pas déçu les attentes. Elle a été exceptionnelle à plusieurs égards. Le premier est ethnographique et artistique : haut de 55 centimètres, sculpté dans un bois de fromager, patiné au kaolin et ayant conservé sa parure de fibres végétales, l’œuvre, qui date de la fin du XIXsiècle, est l’un des rares exemplaires survivants de ce type de masque blanc et l’un des plus puissants – on n’en connaît qu’une dizaine, et celui-ci n’avait jamais été ni exposé ni publié. Ils étaient portés par les membres de la société secrète du Ngil, qui étaient chargés, en particulier, de poursuivre les individus soupçonnés de sorcelleries malfaisantes.

Dire qu’il s’agit d’une pièce exceptionnelle, comme l’ont fait, avant la vente, le commissaire-priseur Jean-Christophe Giuseppi et l’ethnologue Louis Perrois, auteur de la notice scientifique, est donc justifié. Il n’y a guère que le masque Ngil du Denver Art Museum, aux Etats-Unis, qui lui soit comparable, à tel point qu’ils pourraient être du même auteur. Ces masques sont d’autant plus rares que, comme le précise Louis Perrois, « les rites traditionnels de justice coutumière de la société Ngil furent abandonnés dans les années 1920, ce qui mit un terme à la création des instruments de cette institution ». Autrement dit, plus clairement, une décision coloniale est la cause de leur abandon.

Qualités extraordinaires

L’autre aspect particulier de cette vente est financier : les qualités extraordinaires du masque se sont payées très cher. L’estimation initiale était entre 300 000 et 400 000 euros. Un collectionneur européen bien connu des marchands parisiens – mais épris de discrétion – l’a emporté pour une enchère finale de 4,2 millions d’euros, soit 5,25 millions avec les frais. C’est le deuxième plus haut prix jamais atteint pour un masque fang, après le Ngil de la collection Vérité, qui avait atteint, en juin 2006, 5,75 millions.

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Il y a, enfin, la raison politique. Alors que les enchères n’en étaient qu’à 600 000 euros, un homme, français d’origine gabonaise, s’est levé pour déclarer que le masque « a été volé au Gabon et doit revenir dans son pays d’origine ». Il a continué : « Si vous m’entendiez, cet objet ne serait pas en vente ici. Nous allons porter plainte, et cet objet va revenir au Gabon. » La vente a été brièvement interrompue par son intervention.

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La restitution aux pays d’origine des œuvres « collectées » durant la période coloniale avait été posée par Emmanuel Macron dans son discours à Ouagadougou, le 28 novembre 2017. Il a permis le récent retour au Bénin d’objets royaux pris lors de la conquête d’Abomey par les troupes françaises, jusque-là exposés au Musée du quai Branly. En l’état actuel du droit, la restitution ne concerne que les collections publiques et non celles des particuliers. Mais, dans le cas de ce masque, la personnalité du premier propriétaire français n’est pas anodine.

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