Au Pérou, une génération d’orphelins du Covid-19

Par Amanda Chaparro

Publié aujourd’hui à 00h01, mis à jour à 00h23

Les Contreras Sanchez sont une fratrie de trois. Ils ont 7, 15 et 18 ans et ont perdu leur père, emporté par le Covid-19 à l’âge de 43 ans. Nattes soigneusement tressées, en short et sandales, Luciana, la cadette, joue avec son ours en peluche tandis qu’elle écoute d’une oreille distraite le psychologue du Programme national pour le bien-être familial (Inabif), mandaté par le gouvernement pour accompagner les familles dans cette situation.

Sur une grande feuille fixée au mur de la cuisine qui fait également office de salon, les enfants sont invités à inscrire des mots et des dessins pour exprimer leurs sentiments. Et tenter de dépasser le deuil. « On repense tout le temps à ce qu’il s’est passé, les nuits sans dormir quand il était malade dans la maison, on le veillait, dit l’aînée, Claudia. C’est une blessure encore présente qu’on doit refermer de force, pour avancer. »

Luzmila Sanchez (39 ans) tient l’urne funéraire de son défunt mari, Lazaro Contreras. A gauche, photos et quelques souvenirs du père de famille. A San Juan de Lurigancho, Lima, le 15 mars 2022.
Luciana (7 ans) et Claudia (18 ans) dans le salon de leur maison, à San Juan de Lurigancho, Lima, le 15 mars 2022. Elles ont perdu leur père, Lazaro Contreras, en 2020.
Sebastian Contreras (15 ans), à San Juan de Lurigancho, Lima, le 15 mars 2022.

« Mon mari est décédé au début de la pandémie, en mai 2020. Il a souffert quinze jours puis il est mort, dans notre maison », raconte la mère, Luzmila. Leur maison d’une quarantaine de mètres carrés est construite sur les flancs d’une colline rocailleuse : un sol en béton brut, des briques apparentes aux murs et un toit en tôles. Dans ce quartier périphérique de Lima aux allures de bidonville, beaucoup de gens se sont soignés à domicile pendant la pandémie.

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« A cette époque, les chambres en soins intensifs étaient hors de prix et puis mon mari ne voulait pas aller à l’hôpital, il avait peur. C’est ma fille aînée qui l’a découvert inconscient, dans sa chambre. J’ai caché son décès à ma cadette pendant quinze jours, car elle était très liée à son père. Elle a beaucoup pleuré, mais je lui dis qu’il nous voit et qu’il est au ciel », dit-elle avec un sourire timide. Elle conserve ses cendres dans une petite urne. C’est tout ce qu’ils ont gardé. La famille est originaire d’une province des Andes centrales où la tradition veut que toutes les affaires du défunt soient brûlées.

Programme d’accompagnement

A partir de mars 2020, le Pérou a vécu un tsunami épidémique. C’est le pays qui a le taux de mortalité due au Covid-19 rapporté à la population le plus élevé au monde, avec 212 000 décès. Lima, la capitale, qui compte près de 10 millions d’habitants, a été particulièrement frappée : ses hôpitaux saturés se sont transformés en mouroirs et les files interminables de Péruviens tentant d’acheter des bouteilles d’oxygène à prix d’or ont profondément marqué les esprits.

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Près de 100 000 enfants ont ainsi perdu un père, une mère, ou leurs deux parents, selon une étude américano-britannique publiée dans la revue scientifique The Lancet. Des chiffres confirmés par le gouvernement péruvien. Un sur 100. Là encore, les pires chiffres au monde. Selon le ministère de la santé, les hommes de plus de 60 ans ont été les plus touchés par le virus. Mais trois sur dix sont morts entre leurs 30 et 59 ans. C’est le cas du mari de Meredith Ruiz Oscategui. « Il avait 48 ans, il était en bonne santé malgré son surpoids. » Elle est restée seule avec son bébé de 18 mois et une grande fille de 15 ans.

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