Au Proche-Orient, le brasier israélo-palestinien couve toujours

Editorial du « Monde ». Trois attaques terroristes endeuillent à nouveau Israël. En quelques jours seulement, deux Arabes israéliens se revendiquant de la nébuleuse djihadiste Etat islamique, puis un Palestinien de Cisjordanie, ont tué onze personnes, dont une majorité de civils. Ces attaques, qui ne peuvent qu’être condamnées, constituent, à la veille du mois du ramadan et de la Pâque juive, souvent sources de tensions, un inquiétant rappel, un an après la crise du printemps 2021. Cette dernière avait vu des émeutiers juifs et arabes israéliens s’affronter dans plusieurs villes pour la première fois depuis des décennies, après des tensions à Jérusalem. Onze jours de combats entre l’armée israélienne et le Hamas palestinien de Gaza s’étaient ensuivis.

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Ces accès de violence relativisent la rencontre pourtant historique organisée dans le Néguev, sur le sol israélien, le 28 mars. Elle a rassemblé quatre responsables arabes avec les chefs de la diplomatie de l’Etat hébreu et des Etats-Unis et devait souligner les progrès enregistrés par la nouvelle phase de la normalisation régionale avec Israël engagée par les accords Abraham, conclus en 2020.

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Il s’agit de l’un des rares legs que l’administration de Joe Biden a conservés de celle de son prédécesseur, Donald Trump. Cette normalisation n’est certes que très partielle, puisqu’elle reste limitée aux Emirats arabes unis, au Maroc et à Bahreïn, mais la rencontre du Néguev en constitue un nouveau jalon.

Droit à l’autodétermination

La menace périphérique constituée par les ambitions de l’Iran n’a pas été pour rien dans ce rapprochement. Elle a été une nouvelle fois à l’ordre du jour, les participants arabes souhaitant que les Etats-Unis restent engagés dans la région en dépit de velléités d’éloignement auxquelles les nombreux échecs qu’ils y ont essuyés n’ont pas peu contribué.

Israël a d’autres priorités à faire valoir à Washington, puisqu’il désapprouve préventivement sa volonté de ressusciter l’accord international sur le nucléaire iranien, déchiré par l’ex-président républicain en 2018. Antony Blinken, le secrétaire d’Etat américain, a lui aussi ses préoccupations, en l’occurrence, la relative indifférence de certains pays présents dans le Néguev, à commencer par les Emirats arabes unis, face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

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Ces divergences de vues ne peuvent surprendre et l’objet de rencontres comme celle du 28 mars est précisément de permettre de les mettre sur la table. On ne peut en revanche que déplorer, dans ces circonstances, que cette normalisation en cours puisse continuer d’ignorer le dossier palestinien, réduit à quelques formules devenues creuses.

Il est difficile de rendre hommage à l’un des pères d’Israël, David Ben Gourion, en se rendant dans le Néguev à Sde Boker, sa dernière retraite, en faisant en sorte d’oblitérer une partie fondamentale de son héritage. « Lorsque nous avons été confrontés au choix entre la terre entière d’Israël sans Etat juif ou un Etat juif sans la terre entière d’Israël, nous avons choisi un Etat juif sans la terre entière d’Israël », avait-il déclaré en 1949 dans une formule qui a conservé, hélas, toute son actualité.

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Les Israéliens ne sont pas les uniques responsables. Outre une direction palestinienne impotente, la génération actuelle des dirigeants du Golfe, l’Emirati Mohammed Ben Zayed et le Saoudien Mohammed Ben Salman, est en effet la première à ne pas proposer de plan de paix régional qui prenne en compte le droit des Palestiniens à l’autodétermination. Des décennies de négation d’Israël ne peuvent pourtant être soldées au prix d’une autre négation, surtout lorsque couve un brasier mal éteint.

Le Monde

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