Au Royaume-Uni, la privatisation de l’irrévérencieuse Channel 4 fait des remous

Nadine Dorries, la ministre de la culture britannique, a déclenché la polémique, lundi 4 avril, en annonçant sur Twitter la privatisation de la chaîne Channel 4, créée il y a quarante ans par le gouvernement Thatcher pour dynamiser la production audiovisuelle nationale. « Channel 4 occupe à juste titre une place particulière dans notre vie et je veux qu’il en soit toujours ainsi. Mais j’en suis arrivée à la conclusion que demeurer dans le giron du service public empêche la chaîne de rivaliser avec des géants comme Netflix ou Amazon », a assuré Mme Dorries. « Un changement d’actionnaires va donner à Channel 4 les outils et la liberté de prospérer tout en restant un service public », a ajouté cette femme politique habituée des polémiques, mais fidèle à Boris Johnson.

Un Livre blanc devrait être publié d’ici fin avril, et un projet de loi de privatisation intégré dans le prochain programme législatif du gouvernement Johnson, rendu public le 10 mai. Downing Street voudrait mettre la chaîne en vente avant les prochaines élections générales (en 2024) et espère en tirer 1 milliard de livres sterling (1,2 milliard d’euros), selon les médias nationaux. L’annonce n’est qu’une demi-surprise : le gouvernement Johnson avait déjà évoqué à plusieurs reprises ses intentions. Mais elle a été très mal reçue par la direction de Channel 4, qui s’est dite « déçue » de la décision gouvernementale, mardi 5 avril, et a prévenu que la privatisation « [allait] entraîner un très long processus législatif ».

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Les arguments du gouvernement ne convainquent ni la chaîne, ni les experts, ni les partis d’opposition. Channel 4 ne touche presque pas d’argent public : elle se finance par la publicité, qui représente 90 % de ses revenus. Elle a certes souffert de la chute du marché publicitaire durant la pandémie, mais s’est rapidement remise sur pied, et elle profite déjà du rebond, qui lui permet de dégager de nouveaux moyens pour financer ses programmes.

« Vandalisme culturel »

Surtout, créée par la Dame de fer pour secouer le paysage audiovisuel national – complètement dominé par la BBC à l’époque –, la chaîne a largement rempli son contrat, en multipliant les programmes créatifs devenus cultes (Peep Show, « Big Brother », Gogglebox) et en dynamisant tout un écosystème de producteurs TV régionaux. Audacieuse, Channel 4 a su attirer un public jeune et aborder des thèmes difficiles, comme la guerre civile en Irlande du Nord (avec la série Derry Girls), le sida (avec la magnifique série It’s a Sin) et le handicap (en diffusant en direct, durant l’été 2021, les épreuves des Jeux paralympiques). Elle a aussi lancé des carrières, telle celle de Sacha Baron Cohen, grâce au « Da Ali G Show », diffusé en 2000.

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Au Royaume-Uni, la privatisation de l’irrévérencieuse Channel 4 fait des remous

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