De la boxe aux stupéfiants : Daniel Kinahan, un chef de clan irlandais dans les cordes

Par Simon Piel et Thomas Saintourens

Publié hier à 12h41, mis à jour hier à 20h52

On croirait un album de vacances. Une succession de cartes postales ensoleillées, envoyées du front de mer de Dubaï, gratte-ciel sur horizon bleu azur. Même visage rond et jovial. Même attitude détendue. Depuis plusieurs mois, Daniel Kinahan, un ancien promoteur de boxe irlandais âgé de 44 ans, prend la pose sur les réseaux sociaux, tout sourire et pouce en l’air. Comme ce 8 février, aux côtés du champion du monde des poids lourds, le Britannique Tyson Fury, dit « le Gypsy King ». Une série de clichés qui rappelle à tous que, malgré son expatriation en 2016 aux Emirats arabes unis, Kinahan demeure une figure du milieu de la boxe. Comme un pied de nez, aussi, aux lourdes accusations qui le visent.

Ce même sourire et ce même visage barbu sont apparus, mardi 12 avril, sur un autre portrait, dévoilé par la Garda – la police irlandaise – lors d’une conférence de presse à l’hôtel de ville de Dublin. Un visage surplombé de la mention « reward » (« récompense »), comme au temps du Far West. Jusqu’à 5 millions de dollars sont promis à qui offrira des informations permettant la capture ou le gel d’avoirs financiers de Daniel Joseph Kinahan ; mais aussi de son père, Christopher, et de son frère, Christopher Junior, présentés comme les trois dirigeants du cartel.

Daniel Kinahan (à gauche) et le boxeur Tyson Fury, à Dubaï, le 8 février 2022.

Car avec ces photos, c’est bien sa cavale que documente Daniel, l’homme de Dubaï, et tête d’affiche du trio. Depuis 2018, la Haute Cour de justice irlandaise l’a désigné comme le numéro un de ce groupe international, spécialisé dans les trafics de drogues (cocaïne, cannabis, héroïne) et d’armes. Un clan responsable de plus d’une douzaine de meurtres ces dernières années, et d’encore plus de tentatives d’assassinat commises en Irlande, en Espagne ou encore en Turquie, selon la National Crime Agency (NCA) britannique, qui le poursuit également.

Mardi, l’annonce de la récompense n’a pas été la seule nouvelle donnée par des officiers irlandais visiblement émus. Des responsables des agences américaines du Trésor, des douanes et de la lutte antidrogue sont venus annoncer le blocage des biens et des investissements du clan aux Etats-Unis, ainsi que la mise en place d’une task force commune sous l’égide d’Europol pour, enfin, après plus d’une décennie de traque, mettre la main sur le trio.

La solitude du « boss »

« Dorénavant, l’organisation criminelle transnationale Kinahan rejoint le niveau de la Camorra italienne, des Mexicains de Los Zetas, des yakuzas japonais et des Voleurs dans la loi russes », a lancé Gregory Gatjanis, directeur associé du Trésor américain. Ils viennent aussi inscrire leur nom dans la mythologie déjà fournie du banditisme irlandais, dont l’itinéraire a épousé, au XXe siècle, celui de la diaspora, notamment aux Etats-Unis. Les chiffres dévoilés témoignent de la puissance du clan : d’après le patron de la police irlandaise, Drew Harris, il a déjà généré plus de 1 milliard de dollars de bénéfices. Depuis 2015, plus de 7,5 millions d’euros de cash, 20 millions d’euros de drogue et 48 armes à feu ont été saisis, et 79 membres du cartel condamnés. Mais il manque les trois têtes, dont Daniel Kinahan.

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