En Argentine, un nouveau système d’étiquetage pour lutter contre la malbouffe

LETTRE DE BUENOS AIRES

C’est un emblème octogonal noir et blanc, suffisamment grand pour attirer d’emblée le regard. « Excès de sodium », « excès de calories », « excès de sucre » : succincts, les messages, apposés sur le recto des emballages, permettent de cerner en un coup d’œil les défauts nutritionnels des produits industriels. Bientôt, le visage de l’écrasante majorité des articles vendus en supermarché va changer en Argentine avec la loi dite de promotion de l’alimentation saine, promulguée au mois de novembre 2021 et dont les décrets d’application ont été pris mercredi 23 mars. Il s’agit, pour les associations de la société civile et organisations internationales réclamant ce changement, d’un grand pas en avant en matière de santé publique.

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Pourtant, le parcours législatif du texte a été semé d’embûches. Approuvée au mois d’octobre 2020 par le Sénat, la loi avait ensuite dépéri à la Chambre basse. Début octobre 2021, nouveau trébuchement : faute de députés suffisants dans l’Hémicycle, la loi ne peut être débattue. « Le lobby des entreprises concentré dans l’industrie alimentaire a de nouveau gagné une bataille », réagit alors l’Union des travailleurs de la terre (UTT), organisation de petits producteurs et paysans. Dans une longue enquête, datant de mai 2021, le site d’actualité Eldiario.ar relève ainsi les manigances de l’industrie alimentaire pour tenter de freiner ou modifier la loi. En parallèle, la société civile, aussi, fait pression : sur Twitter, le mot-dièse « excès de Lobby » fleurit, afin d’exiger le traitement parlementaire du texte, finalement réalisé et approuvé fin octobre 2021.

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Selon le gouvernement, cette loi « donne le pouvoir à la population dans le choix des produits alimentaires ». En outre, elle prévoit un volet d’éducation alimentaire à l’école « pour contribuer au développement d’habitudes alimentaires saines et prévenir les possibles effets nocifs d’une alimentation peu saine ». « Quand on va voir que le chariot du supermarché a 80 % de ses produits avec un logo, on va prendre conscience des cochonneries que l’on mange. Et on va le voir sur beaucoup d’aliments que les gens ne perçoivent pas comme mauvais : le yaourt, certains jus, les gâteaux à base d’avoine et de céréales ; des produits considérés comme bons pour la santé », pressent Mara Garcia, membre de la Fédération argentine des diplômés en nutrition, interrogée par le journal Pagina 12.

C’est que les indicateurs sanitaires de l’Argentine sont alarmants. Selon l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS, dépendant de l’ONU), l’Argentine présente l’un des chiffres les plus hauts de la région, et en augmentation, en matière de surpoids et d’obésité, qui concernent quatre enfants et adolescents sur dix – et sept adultes sur dix. Les trois facteurs les plus associés à la mortalité dans le pays, selon l’organisation : l’hypertension, l’hyperglycémie, le surpoids et l’obésité. « Ces dernières années, la façon de manger a changé : les plats faits maisons préparés à base d’aliments frais (…) ont laissé la place à des produits transformés ou très transformés qui présentent un excès en nutriments critiques comme les sucres ajoutés, les graisses saturées et le sodium », remarque l’OPS.

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