En Grande-Bretagne, des postiers persécutés à cause du bug d’un logiciel de gestion

Par Cécile Ducourtieux

Publié le 19 mars 2022 à 04h40 – Mis à jour le 19 mars 2022 à 05h41

D’anciens employés de la poste britannique devant la cour royale de justice de Londres, en avril 2021.

C’est l’histoire à peine croyable d’une terrible série d’erreurs judiciaires. La plus vaste de l’histoire contemporaine du Royaume-Uni qui a duré pendant près d’une vingtaine d’années. A cause des bugs d’un logiciel de comptabilité – Horizon, développé par l’entreprise japonaise Fujitsu pour le compte du Post Office, la poste britannique, une entreprise publique –, des centaines de personnes innocentes ont été inculpées.

Dès sa mise en service, en 1999, le logiciel affiche des différences inexpliquées entre les recettes et les ventes effectuées par les gérants des agences. Quand ces derniers font leurs comptes, des dizaines, voire des centaines, de livres sterling de chiffre d’affaires manquent parfois dans la caisse.

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Au lieu de regarder du côté du logiciel et de faire confiance aux gérants, les dirigeants du Post Office lancent des audits, exigent des remboursements et poursuivent même en justice des centaines de postiers : 736 d’entre eux sont condamnés pour fraude et/ou vol, certains écopant même de peines de prison ferme. Des vies sont brisées, des familles déchirées, des réputations détruites.

A l’issue d’un combat judiciaire lancé au début des années 2010, 555 postiers regroupés au sein du collectif Justice for Sub-postmasters Alliance obtiennent, fin 2019, un jugement de la Cour suprême britannique en leur faveur : elle pointe le caractère défectueux du logiciel, ouvrant la voie à des procès en révision.

Très peu de contact entre eux

Aucun responsable de Fujitsu ou de la poste n’a été mis en examen, alors qu’une enquête publique décidée par le gouvernement Johnson pour « tirer les leçons » du scandale a commencé à auditionner les victimes le 14 février. Les auditions ont duré quinze jours à Londres et ont continué à partir du 1er mars à Cardiff, capitale du Pays de Galles. Tracy Felstead, incarcérée à la prison de Holloway (dans le nord de Londres) en 2002 à l’âge de 19 ans, a témoigné le 26 février. Jointe par M Le magazine du Monde, elle raconte : « J’ai été accusée d’avoir volé 11 503 pounds et 28 pence [près de 14 000 euros] par le Post Office. Depuis le premier jour [où les erreurs comptables sont apparues], j’étais coupable à leurs yeux, ils me demandaient juste à quoi avait servi l’argent, j’ai été condamnée à six mois de prison », glisse-t-elle, la voix ferme malgré son calvaire.

« J’ai des crises de paranoïa, j’ai du mal à faire confiance aux gens. » Tracy Felstead

Comment les employés et gérants ont-ils pu ignorer qu’ils étaient des centaines dans le même cas ? Les dirigeants de la poste prétendaient systématiquement que leurs problèmes comptables étaient uniques. De leur côté, les gérants étaient tous franchisés, donc très peu en contact entre eux. Et les médias ne se sont intéressés que tardivement à leurs histoires : le média spécialisé Computer Weekly est le premier à se pencher, en 2009, sur les bugs du logiciel Horizon.

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