En Indonésie, la crise de l’huile de palme provoque des remous

Après avoir annoncé, vendredi 22 avril, un embargo surprise sur les exportations d’huile de palme, prévu pour entrer en vigueur jeudi 28 avril, le gouvernement indonésien a partiellement revu sa copie. Seuls sont concernés par l’interdiction les produits raffinés issus de l’huile de palme servant à la fabrication de l’huile de cuisine, et non l’huile de palme brute, d’après une communication du ministère de l’agriculture datée du lundi 25 avril.

Cette clarification devrait atténuer certains des effets délétères de l’embargo sur le marché national, mais aussi sur les marchés mondiaux, qui se sont affolés ces derniers jours, dans un contexte de pénurie d’huile de tournesol due à la guerre en Ukraine. Ainsi, l’embargo ne devrait désormais concerner que de 30 % à 40 % des exportations indonésiennes d’huile de palme. L’ajustement a notamment été accueilli avec soulagement en Inde, son premier client. Il pourrait toutefois contribuer à la hausse les prix dans l’industrie alimentaire sur tous les continents.

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L’Indonésie est le premier producteur d’huile de palme de la planète, et le premier Etat exportateur, avec 60 % du marché mondial, vendant à l’étranger jusqu’aux deux tiers de sa production, soit environ 30 millions de tonnes par an. Or, la hausse persistante des cours, depuis fin décembre 2021, a eu un effet inflationniste dans le pays. En janvier, le gouvernement a alors imposé aux producteurs un quota les obligeant à réserver 20 % de leur production d’huile de palme, tous produits confondus, au marché intérieur à des prix fixes, puis 30 % en mars. Avant de le supprimer, en faveur d’une taxe d’exportation rehaussée. Dans le même temps, un plafonnement du prix de l’huile de cuisine, imposé lui aussi en janvier, était levé au profit de subventions directes.

Ces allers-retours ont conduit à des fluctuations de prix, des ruées sur l’huile de cuisine de la part des consommateurs, et des comportements spéculatifs dans l’industrie, ajoutant au mécontentement contre les hausses des prix de l’alimentation, et nourrissant la vindicte populaire contre une « mafia de l’huile de cuisine » prête à tout pour s’enrichir sur le dos des consommateurs. Mercredi 20 avril, une enquête a été ouverte pour corruption au sein du ministère du commerce à la suite de l’attribution de permis d’exportation à trois producteurs d’huile de palme qui n’auraient pas respecté les quotas pour le marché national.

Début de bronca

Selon un sondage effectué mi-avril par l’institut Indikator Politik Indonesia, le président indonésien, Joko Widodo, a vu sa popularité s’éroder pour passer de 75,3 % en janvier à 59,9 %, un niveau qu’il avait déjà atteint au pire de la pandémie de Covid-19, au moment de la vague du variant Delta, en 2021. Le 22 avril, il annonçait un embargo sur les exportations d’huile de palme, une mesure radicale, en principe temporaire, censée calmer le jeu à l’approche des grandes vacances du Lebaran, pour la célébration de la fin du ramadan, les 2 et 3 mai. « Je continuerai à surveiller et à évaluer la mise en œuvre de cette politique afin de fournir de l’huile de cuisson dans ce pays en abondance [et] à un prix abordable », avait-il déclaré. Mardi 26 avril, M. Widodo a chargé son ministre de l’économie, Airlangga Hartarto, de faire se stabiliser le prix de l’huile de cuisine à 14 000 roupies le litre (soit 0,91 euro), 30 % en dessous du prix actuel.

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