En Palestine, la guerre en Ukraine suscite empathie et frustration

« On n’a jamais fait autant de vues », s’étonne Jalaa Abou Arab, rédactrice en chef du média en ligne Dooz : 4,4 millions pour une vidéo amateur montrant une colonne de blindés russes dans une rue ukrainienne. Un résultat incroyable pour ce site d’informations locales, qui défend vaillamment un journalisme indépendant dans la région de Naplouse, en Cisjordanie.

Comme partout, la guerre en Ukraine est à la « une » de tous les journaux et dans tous les esprits en Palestine. Mais l’indignation évidente des premiers jours a rapidement cédé la place à la frustration. « On se retrouve dans les images de destruction en Ukraine, on s’identifie facilement à une situation d’occupation, explique Mme Abou Arab, mais on n’a pas compris les réactions de la communauté internationale. » Tout à coup, les appels au boycott ont été efficaces, la lutte armée jugée légitime : un deux poids, deux mesures, inacceptable pour les Palestiniens.

Ce sentiment est partagé à l’échelon politique. « Quand la légitimité internationale est violée par deux standards, la justice est perdue, les droits sont détruits, le pouvoir devient tyrannie », a ainsi tweeté, le 4 mars, Hussein Al-Sheikh. L’homme, aussi ambitieux qu’impopulaire, se positionne comme le successeur du président actuel de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et cherche à bâtir son autorité autour de ses contacts avec les Israéliens et la communauté internationale. Il s’était publiquement entretenu avec le vice-ministre russe des affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, le jour même de l’invasion de l’Ukraine, le 24 février.

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Du côté des rivaux du Hamas, plus clairement rangés derrière Moscou, on se cantonne à l’analyse politique. « La plus importante leçon à tirer de ce conflit entre la Russie et l’Occident, c’est que nous vivons la genèse d’un nouvel ordre mondial », a ainsi déclaré Moussa Abou Marzouk, numéro deux du mouvement, dans un communiqué diffusé le 23 mars.

Une vision émotionnelle

Le refus palestinien de condamner Moscou agace les Occidentaux. Pourtant, cette position n’est pas unique au Moyen-Orient, rappelle Hugh Lovatt, chercheur au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR). « Beaucoup de pays, comme l’Arabie saoudite ou les Emirats arabes unis, essaient aujourd’hui de faire la balance entre Moscou et Washington pour arracher des concessions », vis-à-vis de leur politique régionale, explique ce spécialiste de la politique palestinienne. La marge de manœuvre des Palestiniens est limitée, mais leurs intentions sont justifiées, ajoute-t-il : « Il suffit d’observer Israël pour voir comment jouer le jeu. »

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