En visite au Maghreb, Antony Blinken sonde la piste du gaz algérien

L’Algérie, une éclaircie gazière pour l’Europe ? Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a achevé, mercredi 30 mars, une visite au Maghreb – il était la veille au Maroc – au cours de laquelle il a évalué l’impact de la guerre ukrainienne sur les équilibres en Afrique du Nord, et jaugé notamment l’hypothèse d’une piste algérienne dans l’imbroglio des fournitures d’hydrocarbures à l’Europe en ces temps de crise avec Moscou. L’affaire est toutefois hautement sensible au regard de la profondeur historique de la relation algéro-russe.

Aussi, les propos tenus à l’issue de la visite de M. Blinken ont-ils été pesés au trébuchet afin de ne pas accréditer l’idée qu’Alger pourrait être le jouet d’une manœuvre occidentale contre la Russie. L’agence officielle Algérie Presse Service a rendu compte des entretiens entre M. Blinken et ses hôtes algériens – le président, Abdelmadjid Tebboune, et le ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra – en évoquant le souhait partagé de drainer « davantage d’investissements vers l’amont pétrolier ». L’allusion générale à un élargissement de l’offre algérienne à travers un renforcement de la coopération algéro-américaine est ainsi moins sulfureuse que la mise en avant de l’Algérie comme une alternative express à des approvisionnements russes.

Infrastructures vieillissantes

M. Blinken en a aussi profité pour appeler à plus de solidarité à l’égard de l’Ukraine alors que l’Algérie s’était abstenue lors du vote aux Nations unies de la résolution condamnant l’invasion russe du 24 février. « Dans le cas de l’Ukraine, il y a un agresseur évident et une victime évidente et il est important de se tenir aux côtés de la victime », a plaidé le secrétaire d’Etat lors d’une conférence de presse. Alger entend toutefois ménager son ami historique russe, source de 69 % de ses achats d’armes, dans un contexte de rivalité accrue avec le Maroc depuis la normalisation des liens entre Rabat et Tel-Aviv en décembre 2020.

Le débat sur l’alternative gazière algérienne – Alger fournit à ce stade autour de 10 % des achats européens de gaz – apparaît donc comme très sensible, ainsi que l’a démontré la polémique qui a entouré les propos tenus par Toufik Hakkar, le PDG de la Sonatrach, société publique d’hydrocarbures. Dans un entretien accordé le 27 février au quotidien algérien Liberté, M. Hakkar avait affirmé que la Sonatrach disposait d’« une capacité non utilisée sur le gazoduc transméditerranéen [reliant l’Algérie à l’Italie] qui pourrait être utilisée pour augmenter les approvisionnements du marché européen ». « La Sonatrach, ajoutait-il, est et restera un partenaire et un fournisseur fiable de gaz pour le marché européen et est constamment disponible à soutenir ses partenaires de long terme en cas de situation difficile. »

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