Guerre au Yémen : l’Arabie saoudite veut profiter de la trêve en cours pour se désengager du conflit

Trois semaines après son entrée en vigueur, le 2 avril, la trêve au Yémen tient cahin-caha. Bien que la rébellion houthiste, soutenue par l’Iran et en guerre contre le gouvernement reconnu par la communauté internationale, ait refusé de participer aux pourparlers interyéménites qui se sont déroulés en Arabie saoudite en mars et début avril, le cessez-le-feu est globalement respecté. Les houthistes, guerriers issus du nord du Yémen, membres de la minorité zaïdite, une branche de l’islam chiite, considèrent le royaume saoudien comme un « territoire ennemi » depuis son entrée en guerre contre eux, en 2015.

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Simple répit ou amorce d’un apaisement de plus longue durée, cette période est, en tout cas, mise à profit par l’Arabie saoudite pour tenter de recalibrer son intervention militaire – ou, du moins, en donner l’impression. En manque d’options face à la résilience des houthistes, consciente que ce conflit nuit gravement à son image dans les opinions publiques occidentales, la couronne saoudienne, dont l’homme fort est le prince héritier Mohammed Ben Salman, entend réduire son empreinte au Yémen.

« Ils disent avoir tout essayé avec les houthistes, confie un observateur yéménite, soucieux de conserver l’anonymat. Ils les ont bombardés, ont tenté de les acheter, tenté de négocier. Mais rien n’a fonctionné. Du coup, les Saoudiens souhaitent désormais s’en tenir à une approche sécuritaire, centrée sur la défense de leurs frontières, et ne plus s’embarrasser de considérations idéologiques – la lutte contre un mouvement d’origine chiite et proche de leur rival iranien. Peut-être cela créera-t-il une ouverture qui amènera les houthistes à négocier. »

Enlisement et discrédit

La clé de voûte de cette nouvelle stratégie est le conseil présidentiel, composé de huit personnalités opposées aux houthistes, qui a été créé, le 7 avril, à l’instigation de Riyad. Cet organe a récupéré les pouvoirs du chef d’Etat en titre, le président Abd Rabbo Mansour Hadi, poussé sur la touche par son protecteur saoudien.

En fédérant un front anti-houthiste qu’il espère crédible, Riyad espère pouvoir amorcer un désengagement du pays, ou du moins se mettre un peu en retrait. « L’Arabie saoudite ne veut plus apparaître comme un belligérant – et a fortiori comme le principal instigateur du conflit – mais comme un médiateur qui serait vu comme impartial et responsable », souligne l’observateur yéménite interrogé.

Abd Rabbo Mansour Hadi avait pris la tête de l’Etat yéménite en 2012, à la suite d’Ali Abdallah Saleh, chassé par un soulèvement populaire après trente-trois ans de règne. C’était encore la phase euphorique des « printemps arabes ». Le nouveau président était censé conduire une transition politique de deux ans devant déboucher sur l’élaboration d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’un scrutin présidentiel pluraliste.

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