Guerre en Ukraine : comment Facebook et Twitter réagissent à l’attaque russe

Jeudi 24 février, alors que le monde était sous le choc du départ de l’invasion russe en Ukraine, Meta (maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp) et Twitter ont diffusé un ensemble de conseils de sécurité à destination des citoyens, mais aussi des journalistes et militants des droits humains sur le terrain. « Lorsque vous utilisez Twitter dans des zones de conflit où des régions à haut risque, il est important de savoir comment contrôler votre compte et vos informations numériques », a expliqué un compte officiel de Twitter, dans un fil en anglais et en ukrainien. L’entreprise rappelle notamment la marche à suivre pour éviter de laisser fuiter les données de géolocalisation en publiant sur le réseau social.

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De son côté, Meta a annoncé la mise en place d’un centre d’opérations interne pour analyser l’évolution de la crise en temps réel. L’entreprise a également déployé, pour ses utilisateurs présents en Ukraine, un outil permettant de verrouiller instantanément son compte : cela permet en un clic d’empêcher les utilisateurs avec lesquels ils ne sont pas amis de voir les informations de leur profil (photos, données personnelles, publications). Cette initiative avait déjà été mise en place en Afghanistan après la prise de pouvoir des talibans afin de protéger les habitants sur place. L’objectif, à l’époque, était de protéger les Afghans qui avaient travaillé avec les autorités américaines ou le gouvernement renversé, ainsi que les militants des droits de l’homme, et toute personne pouvant être recherchée par les talibans.

L’épineux problème de la modération

L’autre volet qui occupe les principaux réseaux sociaux est celui de la modération des contenus, et notamment des tentatives de manipulation de l’information. Selon Bloomberg, de nombreuses vidéos de désinformation ont notamment été publiées jeudi sur Facebook, et plus particulièrement sur Facebook Gaming, une plate-forme vidéo du réseau social. Des captures de jeux de guerre, comme le titre Arma 3, ont été diffusées à des milliers de spectateurs, présentées comme des images de l’invasion militaire russe en Ukraine, avant d’être supprimées par Meta. De nombreuses images trompeuses circulent par ailleurs sur la messagerie Telegram, extrêmement populaire en Russie et en Ukraine, et où une modération très rudimentaire est appliquée.

Certains internautes et journalistes, à l’image des équipes du site d’investigation Bellingcat ou du service vidéo du Monde, se sont organisés pour lutter contre ce déferlement d’images et de vidéos truquées, cherchant à vérifier en direct leur provenance et leur authenticité. Dans le même temps, les plates-formes tentent de bloquer les comptes diffusant ces fausses informations, quitte parfois à faire du zèle : mercredi, à la veille du lancement de l’opération russe, Twitter a ainsi reconnu avoir suspendu par erreur une douzaine de comptes qui publiaient des informations et des images concernant les mouvements de troupes russes.

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Plus que jamais nécessaire dans un tel contexte, la suppression systématique d’images et de fausses informations ne risque-t-elle pas cependant de poser problème à l’avenir, dans la mesure où certaines photos et vidéos peuvent constituer des éléments de preuves, par exemple de crimes de guerre ? La question est d’autant plus épineuse que, si la Russie parvenait à son but, la tentation serait grande de faire disparaître de telles pièces, voire toute une partie du Web ukrainien.

C’est la raison pour laquelle certains tentent déjà d’archiver le plus d’éléments possibles : la start-up Arweave a ainsi appelé à collecter le maximum d’éléments relatifs au conflit et à le consigner dans la blockchain, tandis que le groupe Archive Team, comme le relève le site spécialisé Input, encourage les internautes à télécharger leur application ArchiveTeam Warrior. Cette dernière, déjà utilisée par le passé pour conserver des vestiges de certains recoins d’Internet voués à la destruction, permet aux personnes qui l’installent sur leur ordinateur de participer à un effort collectif d’archivage systématique des sites Internet ukrainiens.

Des choix délicats

Les réseaux sociaux vont également se retrouver face à des décisions complexes sur la nature des contenus à laisser ou non en ligne, d’autant que les grandes plates-formes américaines sont un terrain d’affrontement politique.

Jeudi, sur son compte Twitter, le gouvernement ukrainien a ainsi appelé le réseau social à bannir le compte officiel de la Russie, estimant qu’il n’y « avait pas de place pour un agresseur comme la Russie sur les réseaux sociaux occidentaux ». En France, les activistes de Sleeping Giants ont par ailleurs demandé à Google d’apposer un bandeau d’avertissement lorsque des articles des médias RT France et Sputnik apparaissent dans l’onglet Actualités du moteur de recherche, dans un contexte où l’Elysée surveille de près ces médias accusés de relayer la propagande des autorités russes.

Selon des documents internes consultés par le site The Intercept, Facebook a par ailleurs décidé, à la suite de l’invasion militaire russe en Ukraine, d’autoriser les discours en faveur du bataillon Azov, une milice ukrainienne ultranationaliste, tant que ces propos se cantonnent à décrire leur action militaire contre les forces russes. Ce groupe armé, à l’idéologie ouvertement néonazie, en avait pourtant été banni en 2019.

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