Jacques Rupnik : « Une des premières victimes collatérales de la guerre en Ukraine est le groupe de Visegrad »

Tribune. Face à la guerre en Ukraine, l’Union européenne [UE] a retrouvé son unité, et les différends avec certains pays d’Europe centrale s’en trouvent relégués au second plan. Le flanc est de l’UE, confronté à la proximité du conflit, se retrouve au cœur du dispositif d’aide humanitaire, politique et militaire à l’Ukraine.

La visite des premiers ministres polonais, tchèque et slovène au président Zelensky, le 15 mars, à Kiev, symbolisait ce moment fort de la solidarité européenne. Ils font alors observer que leur perception de la menace russe, jugée alarmiste, s’est avérée fondée. Ils savent d’expérience que lorsque, à Moscou, on commence à parler « d’assistance fraternelle », les tanks ne sont pas loin et ils se sentent confortés dans la justesse de leur adhésion à l’OTAN, seule organisation de défense capable de dissuader l’impérialisme russe.

Ces pays se retrouvent dans la lecture du conflit proposée par le président Zelensky, celui de « deux mondes différents » qui s’opposent sur leurs valeurs, à commencer par la liberté. « C’est cela, dit Zelensky, qui détermine qui appartient à l’Europe. » C’était, il y a quarante ans, le thème de l’essai de Milan Kundera sur l’Europe centrale Un Occident kidnappé (Le Débat, Gallimard, 1983, première édition). Avec l’élargissement à l’est de l’Union européenne, l’Europe centrale penchait à l’ouest. Face à la guerre de Poutine, elle regarde vers l’est.

Source d’inspiration

L’ouverture spontanée des voisins de l’Ukraine – particulièrement de la Pologne – à l’arrivée de millions de réfugiés contraste avec leur fermeture face à la vague de réfugiés du Moyen-Orient en 2015. Le Hongrois Orban construisait alors sa clôture, le Polonais Kaczynski invoquait des risques sécuritaires et sanitaires et les pays de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) rejetaient alors catégoriquement l’idée d’une ingérence de l’UE dans la répartition des migrants. Ils ne voient pas d’objections aujourd’hui à ce que l’UE s’implique avec un fonds de 17 milliards d’euros.

Le différend Est-Ouest sur l’accueil de réfugiés et la démocratie illibérale serait-il en train de se dissiper ? Il semble prématuré de l’affirmer pour au moins trois raisons.

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Une des premières victimes collatérales de la guerre en Ukraine est le groupe de Visegrad. Dans le train qui emmenait les trois premiers ministres vers Kiev, il y avait un absent notoire : Viktor Orban. Ce dernier est un allié et une source d’inspiration pour son partenaire polonais quant à la « démocratie illibérale », mais ils sont aux antipodes concernant leurs relations avec la Russie de Poutine. Kaczynski est adepte d’une ligne dure face à la Russie, préconisant la livraison d’avions à Kiev, ainsi que l’envoi d’une « mission de paix » de l’OTAN en Ukraine.

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Jacques Rupnik : « Une des premières victimes collatérales de la guerre en Ukraine est le groupe de Visegrad »

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