La victoire inattendue d’un mouvement syndical parti de la base chez Amazon à New York

C’était au début de la crise du Covid-19, en mars 2020, à l’entrepôt JFK8 d’Amazon, un gigantesque centre de tri situé sur Staten Island et destiné à desservir l’immense métropole new-yorkaise. A l’époque, Big Apple s’était transformée en ville fantôme, épicentre mondial de la pandémie, et Amazon était essentiel à la survie de la cité.

Les salariés vivent alors dans la peur du Covid-19. Apprenant qu’un de ses collègues a été testé positif, Chris Smalls, un Afro-Américain du New Jersey, demande l’arrêt de l’entrepôt pour sa désinfection. La direction refuse et le met en quarantaine payée. Dans la foulée, le 30 mars, Chris Smalls organise une petite manifestation qui lui vaut d’être licencié, sous prétexte qu’il a brisé son confinement. « Agir m’a coûté mon job », déplore-t-il alors.

Amazon, deuxième employeur du pays derrière Walmart

Le jeune homme, âgé à l’époque de 29 ans, a continué d’agir, et pile deux ans plus tard, il a sabré le champagne, vendredi 1er avril, à New York : les salariés de l’entrepôt JFK8 ont voté par une large majorité – soit 2 654 votes pour et 2 131 contre – pour la syndication de leur site, qui emploie plus de 8 300 salariés. « Au premier syndicat de l’histoire américaine chez Amazon », a trinqué M. Smalls à l’issue du dépouillement. Une première danc ce groupe, deuxième employeur du pays derrière Walmart, avec plus de 1,1 million de salariés.

L’entreprise fondée par Jeff Bezos, qui a toujours réussi à éviter les syndicats depuis sa création en 1995, essuie une défaite politique cuisante. « Nous sommes déçus du résultat de l’élection à Staten Island car nous pensons qu’il est mieux pour nos salariés d’avoir une relation directe avec l’entreprise », a déploré Amazon dans un communiqué laconique.

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Bernie Sanders, le sénateur du Vermont s’est réjoui sur Twitter : « Je pense que ce sera un coup de fouet pour le mouvement ouvrier de ce pays ». La porte-parole de Joe Biden, Jen Psaki, a rappelé pour sa part que « le président est un partisan de longue date du droit pour les travailleurs de s’organiser pour avoir de meilleurs emplois et une vie meilleure ».

Deux ans après la pandémie de Covid-19, dix-huit mois après l’élection de Joe Biden qui a promis d’être le président le plus « pro syndicats » jamais élu, il existe un fort momentum politique. Ce phénomène intervient dans un contexte de déclin syndical américain : selon le département du travail, le taux de salariés du privé syndiqué est tombé, en 2021, au plus bas historique de 6,1 %. La syndication atteignant 33,9 % dans le secteur public, le taux global aux Etats-Unis est désormais de 10,3 %, deux fois moindre qu’en 1983.

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