Le Budapest de Viktor Orban, nouvel eldorado de la droite radicale américaine

Rod Dreher vient en habitué au café Vinikil, à Budapest, face au Musée national hongrois. Il commence à bien connaître la ville, ses bonnes tables, où trouver un café à son goût. Il a quitté sa Louisiane natale en février pour un second séjour d’études en terre magyare, après un premier fellowship au printemps 2021. Figure influente de la droite religieuse aux Etats-Unis grâce à un blog très suivi sur le site du magazine American Conservative, Rod Dreher approfondit là son approche du modèle populiste du premier ministre hongrois, Viktor Orban. Il est devenu en quelques mois son principal promoteur auprès de ceux qui, en Amérique, regardent la présidence de Donald Trump comme une occasion ratée.

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Rod Dreher, 55 ans, a un look de hipster chrétien, avec sa barbe, ses lunettes cerclées à montures épaisses et son ciré vert. Dans son dernier livre, Résister au mensonge (Artège, 2021), un best-seller aux Etats-Unis, il dénonce le « totalitarisme soft » qui s’installe, selon lui, en Occident, empêchant les chrétiens de vivre selon leurs valeurs. A ses yeux, Viktor Orban fait barrage à cette évolution, il « apprécie son souverainisme, sa défense de ce qui est hongrois, contre Bruxelles. [Et le fait que,] tout en étant favorable à l’Union européenne, il refuse de la laisser aller trop loin ». Face à son café, M. Dreher salue aussi « sa défense de l’identité chrétienne de son pays, ce qui n’empêche pas les juifs de vivre [en Hongrie] protégés par un esprit de tolérance. Orban voit l’immigration musulmane comme une menace pour l’identité européenne, et c’est aussi quelque chose [qu’il] respecte ».

En ce 15 mars, jour de fête nationale, le premier ministre hongrois, qui peut s’enorgueillir d’avoir reçu, en janvier, le soutien de Donald Trump, tient un important meeting en vue des élections générales du 3 avril. Pas un mot ne sera prononcé en solidarité avec les Ukraniens lors de ce rassemblement, point d’orgue d’une « marche pour la paix ». La gauche y est présentée comme le camp de la guerre, prêt à entraîner la Hongrie dans un conflit qui ne la regarderait pas.

Horizon commun

Depuis un an, de nombreux Américains ont effectué le voyage à Budapest. On y a vu le professeur de science politique Patrick Deneen, auteur de Pourquoi le libéralisme a échoué (L’Artisan, 2020), puis le professeur de droit administratif Adrian Vermeule, deux grands penseurs du catholicisme traditionaliste aux Etats-Unis. L’éditorialiste de Fox News Tucker Carlson aussi s’est rendu à Budapest, où il a fait un portrait on ne peut plus laudateur de Viktor Orban et de sa politique antimigrants. Il a également apporté son soutien à la campagne, aux forts relents d’antisémitisme, menée par Budapest contre le milliardaire américain d’origine hongroise, George Soros, et sa fondation Open Society. Mike Pence, l’ancien vice-président de Donald Trump, a lui aussi fait le pèlerinage, comme nombre d’intellectuels occupés à théoriser une gouvernance populiste ou la renaissance d’un nationalisme chrétien, en opposition avec les revendications de la communauté LGBT.

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