Les pays baltes cherchent à se sevrer du gaz russe

C’est une proclamation d’indépendance un peu particulière à laquelle s’est livrée la Lituanie, ces derniers jours : celle d’un pays qui, il y a moins de dix ans encore, était totalement dépendant du gaz naturel russe, et qui vient de décider, en quelques semaines, de fermer définitivement le robinet. « Plus une molécule de gaz russe n’entrera dans le système gazier lituanien », a ainsi annoncé le ministre de l’énergie, Dainius Kreivys, samedi 2 avril, sur Twitter, tandis que la première ministre, Ingrida Simonyte, confirmait le lendemain que son pays ne « consommerait plus 1 mètre cube de gaz russe toxique ».

Si la Lituanie peut se passer de gaz russe, « c’est parce qu’elle a fait ses devoirs », explique Romas Svedas. Enseignant au Centre d’études européennes de l’université de Vilnius, cet ancien diplomate était vice-ministre de l’énergie entre 2009 et 2011. A l’époque, le petit Etat balte avait dû fermer son unique centrale nucléaire d’Ignalina, qui ne répondait plus aux critères de sécurité et dont l’arrêt était une des conditions imposées par Bruxelles pour l’adhésion du pays à l’Union européenne (UE). « Nous nous sommes retrouvés dépendants à plus de 80 % de la Russie pour notre fourniture d’énergie », relève M. Svedas. La totalité du gaz naturel consommé en Lituanie venait alors du voisin russe.

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« Parce que nous savons de quoi le Kremlin est capable et que nous ne voulions pas être à sa merci, nous avons décidé d’investir le plus rapidement possible dans notre indépendance énergétique », ajoute-t-il. En 2015, un terminal flottant d’importation de gaz naturel liquéfié, baptisé symboliquement « Indépendance », est mis en service dans le port de Klaipeda. Il peut recevoir jusqu’à 4 milliards de mètres cubes de gaz, soit près du double de la consommation du pays de 2,8 millions d’habitants.

En 2021, 62 % du gaz consommé en Lituanie, en Estonie, en Lettonie et en Finlande est arrivé à Klaipeda, la majeure partie provenant des Etats-Unis. Selon l’opérateur Klaipedos Nafta, la décision de ne plus accepter de gaz russe ne va pas avoir d’impact sur les livraisons : « Trois larges cargaisons de gaz naturel liquéfié atteindront le terminal chaque mois, ce qui devrait être suffisant pour tous les clients. »

Connexions encore limitées avec le reste de l’Europe

Si le sevrage de la Lituanie est désormais une réalité, ce n’est pas encore le cas pour ses voisins, même si Uldis Baris, le directeur général de Conexus Baltic Grid, opérateur letton de transport et de stockage de gaz naturel, s’est félicité, le 2 avril, que l’Estonie et la Lettonie puissent également faire une croix sur le gaz russe. Ce qui est vrai pour le moment, puisque les deux Etats se fournissent auprès de la Lituanie et de l’immense site de stockage souterrain d’Incukalns en Lettonie, qui lui non plus n’accepte plus de gaz naturel provenant de Russie. Sauf que, dans ce cas précis, la suspension des importations n’est que temporaire et due « au prix historiquement haut du gaz naturel en avril », comme l’a rappelé le fournisseur Latvijas Gaze, contrôlé à plus de 50 % par des entreprises russes (dont Gazprom).

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