L’Institut français de Pékin déprogramme un film sur l’Ukraine

Les autorités chinoises ont obtenu que l’Institut français de Pékin ne diffuse pas, comme il avait prévu de le faire mercredi 6 avril, le film Olga, consacré à l’Ukraine. Sortie en Europe en 2021, cette coproduction franco-suisse, du réalisateur Elie Grappe, raconte l’histoire d’une gymnaste ukrainienne encore adolescente qui, en 2013, s’entraîne en Suisse en vue des championnats d’Europe, et dont la vie est chamboulée par le soulèvement d’Euromaïdan, à Kiev, que couvre sa mère journaliste.

Pour la Chine, la référence non seulement à l’Ukraine, mais aussi aux manifestations qui se sont déroulées à Kiev durant l’hiver 2013-2014 en faveur d’un rapprochement avec l’Union européenne, est un sujet doublement sensible, à l’heure de l’invasion russe, que Pékin n’a pas condamnée.

Lire aussi : Guerre en Ukraine : entre la Chine et l’UE, le sommet du désaccord

Les autorités françaises n’ont, en principe, pas à soumettre la programmation de l’Institut français aux censeurs chinois. Un accord entre les deux pays prévoit que cet institut tout comme l’Institut culturel chinois de Paris sont libres de leur programmation. Mais rien n’interdit à la police chinoise d’être présente à l’entrée du bâtiment pour contrôler les entrées. De plus, l’achat des billets s’effectuant par le biais de la messagerie WeChat, il n’est pas très compliqué pour les autorités de savoir qui achète un billet. Devant la pression, la France a donc préféré céder, même si, officiellement, la projection est « reportée sine die » et non annulée. C’est en tout cas une première depuis l’ouverture du centre en 2004.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Ce qui lie Pékin et Moscou, c’est leur priorité stratégique commune : affaiblir un ordre international qu’ils estiment dominé par les Etats-Unis »

Intolérance croissante

Cette déprogrammation n’est qu’une demi-surprise. Jeudi 31 mars, l’ambassade de Suisse en Chine avait, elle, réservé une salle dans un cinéma proche de la place Tiananmen pour projeter Olga devant une soixantaine d’invités dans le cadre du Mois de la francophonie. Alors que plusieurs diplomates – dont l’ambassadeur de France – se trouvaient dans la salle, la projection fut interrompue au bout de quelques secondes… et ne reprit jamais, malgré les pourparlers entre l’ambassadeur de Suisse, Bernardino Regazzoni, et les autorités chinoises. « En raison de la lutte contre le Covid- 19, la projection ne peut avoir lieu », lui ont expliqué ses interlocuteurs. Une explication étrange puisque, à Pékin, les cinémas sont ouverts.

Que la Chine fasse pression sur deux pays pour annuler des projections qui, dans le meilleur des cas, n’attirent qu’une poignée de Chinois en dit long sur la paranoïa du pouvoir et sur son intolérance croissante à l’égard des initiatives des chancelleries occidentales. Triste ironie du sort, cette censure intervient au moment même où l’Institut français rouvre ses portes après plusieurs mois de rénovation. Sur son fronton, une phrase d’André Malraux : « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert. » La liberté aussi.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Guerre en Ukraine : dialogue de sourds entre la Chine et l’Union européenne

We would love to say thanks to the author of this post for this outstanding web content

L’Institut français de Pékin déprogramme un film sur l’Ukraine

Fuzzy Skunk