L’odyssée des réfugiés ukrainiens vers les Etats-Unis passe par Tijuana, au Mexique

Par Frédéric Saliba

Publié hier à 19h29, mis à jour à 11h39

C’est leur sésame : « Nous avons le numéro 3 083 sur la liste d’attente », glisse d’une voix fébrile Viktoriya Nichay, 28 ans, collée à son conjoint dans le gymnase de Tijuana, transformé en refuge. Comme ce couple, plus de 4 000 Ukrainiens attendent leur tour dans cette ville frontalière du nord du Mexique pour obtenir le permis de séjour humanitaire qui leur permettra de passer aux Etats-Unis. Les promesses d’accueil de Washington attirent de plus en plus de réfugiés dans cette agglomération décrépie, habituée aux arrivées massives d’immigrés centraméricains.

Des réfugiés ukrainiens traversent le poste-frontière du Chaparral, à Tijuana (Mexique), afin de demander asile à San Diego, aux Etats-Unis, le 9 avril 2022.
Volodymyr Kolisnichenko et Viktoriya Nichay, comme des centaines de réfugiés Ukrainiens, sont installés dans le gymnase municipal de Tijuana (Mexique), le 9 avril 2022, et attendant de faire les démarches de demande d’asile aux Etats-Unis. Les deux jeunes gens ont fuit la banlieue de Kiev, après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, le 24 février.

« Notre tour ne devrait plus tarder », espère Viktoriya, qui tente de reprendre des forces après une odyssée de plus de 17 000 kilomètres, à travers cinq pays et un océan. Le couple d’ingénieurs vivait dans la banlieue de Kiev, la capitale de l’Ukraine, quand la Russie a lancé l’offensive, le 24 février. « Nous avons été réveillés par une bombe juste à côté de chez nous, raconte dans un anglais parfait cette femme aux cheveux bruns coiffés en chignon. En moins de dix minutes, nous avons fait deux petites valises, pris nos ordinateurs portables, nos passeports et nous nous sommes enfuis en voiture. »

Les traits tirés par la fatigue, son conjoint, Volodymyr Kolisnichenko, 28 ans, a conduit durant trente-trois heures jusqu’aux Pays-Bas, où le couple a passé près d’un mois chez un ami. Volodymyr est un des rares hommes jeunes dans le gymnase au sol tapissé de matelas, rempli de femmes et d’enfants. « Une maladie chronique m’a permis d’échapper à la conscription en Ukraine, dont seuls les vieux et les pères d’au moins trois mineurs sont exemptés, confie ce gaillard en chaussettes et jogging gris. Quand on a appris que Washington ouvrait sa frontière aux réfugiés, on est allés au consulat américain. Il y avait un monde fou alors on a décidé de passer par le Mexique. » Le pays n’exige pas de visa de la part des Ukrainiens, contrairement aux Etats-Unis. Le couple est alors monté dans un avion pour Bogota puis dans un autre pour Mexico, où ils ont pris une correspondance pour Tijuana, dans l’espoir de rejoindre le frère de Volodymyr à Seattle, dans le nord-ouest des Etats-Unis.

« Deux ou trois jours » d’attente

Le 24 mars, le président américain, Joe Biden, a annoncé l’accueil de 100 000 Ukrainiens. « Ils arrivaient au compte-gouttes depuis un mois, raconte Enrique Lucero, chargé de la migration à la mairie de Tijuana, ville de 2 millions d’habitants. Cette annonce a provoqué un appel d’air migratoire, nous obligeant à mettre à leur disposition notre centre sportif municipal », planté à quelques mètres de l’énorme mur métallique qui sépare les deux pays. Près de 2 000 Ukrainiens campent à l’intérieur du stade. Ils sont autant à se loger dans les hôtels de Tijuana.

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