Né de parents sourds, Thibault Duchemin, le start-upeur qui rêve d’un monde « 100 % accessible »

Le palmarès des Oscars l’a fait bondir de joie. « C’est la première fois en trente-cinq ans qu’une personne sourde est récompensée », applaudit Thibault Duchemin, en évoquant la distinction de meilleur acteur pour un second rôle obtenue par Troy Kotsur, mercredi 27 mars, à Los Angeles. L’académie hollywoodienne a aussi décerné l’Oscar du meilleur film à CODA, qui raconte l’histoire d’une famille de pêcheurs sourds de Nouvelle-Angleterre, ballottée au milieu d’un conflit social, dans l’indifférence générale.

« CODA, c’est assez peu connu en France, mais c’est le terme utilisé aux Etats-Unis : “Child of Deaf Adult”, ou enfant qui vient d’une famille sourde », explique Thibault, 30 ans, installé depuis 2012 à San Francisco et lui-même « né CODA », à Paris. « Mes parents et ma sœur sont sourds. Dans la famille, j’étais la seule personne entendante. » En grandissant, le jeune homme a développé une conscience aiguë du « manque d’accessibilité » dont souffrent quotidiennement les malentendants. « Quand on est CODA, on reste sourd parce qu’on a grandi dans cette famille sourde, mais finalement notre tête, nos sens, ils sont entendants. Alors, on agit souvent comme intermédiaires. »

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Les malentendus du cinéma

Dans le film de Sian Heder (un remake de La Famille Bélier), Ruby, la benjamine de la famille, joue le rôle de traductrice en langue des signes. C’est elle qui accompagne les parents chez le médecin, qui négocie le prix du poisson. Finalement, elle trouve sa vocation : chanter. « Je chante très mal, sourit Thibault. Ce que j’ai essayé de faire, c’est créer de la technologie. »

Diplômé des Ponts et Chaussées et de Berkeley, spécialiste en intelligence artificielle, le jeune ingénieur a lancé Ava en 2017 avec un étudiant en informatique de l’Université de San Francisco, Skinner Cheng, lui-même sourd de naissance. Ava (ou Audio Visual Application) : une application de reconnaissance vocale avec sous-titrage instantané, qui permet aux personnes malentendantes de suivre ce qui se dit dans leur vie quotidienne : repas de famille, réunions de travail…

« On a été un dispositif essentiel »

Les fondateurs ne sont pas peu fiers. L’application a été utilisée sur le tournage de CODA, pour faciliter les échanges entre l’équipe technique, la réalisatrice et les acteurs sourds, Troy Kotsur et Marlee Matlin. « Comprendre les conversations de groupe, c’est un besoin absolument essentiel », souligne Thibault. Ses algorithmes vocaux sont capables de transcrire les phrases prononcées par les différents interlocuteurs en moins d’une seconde. Les participants suivent le sous-titrage sur leur smartphone, y compris les échanges du tac au tac grâce à un visuel adapté : chacun est identifié par une couleur.

Il vous reste 64.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We would like to give thanks to the author of this post for this amazing content

Né de parents sourds, Thibault Duchemin, le start-upeur qui rêve d’un monde « 100 % accessible »

Fuzzy Skunk