Sur fond d’Ukraine, Buenos Aires et Londres se disputent la mémoire de la guerre des Malouines

Il y a quarante ans, le 2 avril 1982, commençait la guerre des Malouines. La junte militaire au pouvoir depuis six ans à Buenos Aires, en mal de popularité, lançait une offensive pour récupérer l’archipel situé à 500 kilomètres des côtes argentines (et à 12 000 kilomètres de Londres), sous contrôle britannique depuis 1833. Dès le lendemain, Londres répliquait en envoyant sa flotte. Au bout de soixante-quatorze jours de guerre, 649 morts côté argentin et 255 côté britannique, Buenos Aires capitulait, le 14 juin.

La guerre a engendré de lourds traumatismes dans les deux camps. Les associations argentines d’ex-combattants estiment que, depuis 1982, entre trois cents et cinq cents anciens soldats, des gamins à peine majeurs, mal entraînés, sous-équipés, se sont suicidés. Aux Malouines, le débarquement de milliers de militaires a durablement marqué les habitants de cet archipel perdu au milieu des cinquantièmes hurlants et battu par l’océan Atlantique.

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Depuis 1833 et l’invasion britannique des îles, qui appartenaient jusque-là à l’Argentine, Buenos Aires n’a jamais cessé d’en réclamer la souveraineté. Récupérer « les îles Malouines, Géorgie du Sud et Sandwich du Sud » est inscrit dans la Constitution du pays comme « un objectif permanent et indéclinable du peuple argentin ».

Quarante ans après la guerre, la dispute territoriale perdure. Mais avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Buenos Aires veut donner un nouvel élan à sa revendication. « La condamnation légitime de l’invasion russe donne raison à l’Argentine, pointe Guillermo Carmona, secrétaire des Malouines, Antarctique et Atlantique Sud du ministère des affaires étrangères. Le Royaume-Uni exige, très justement, que l’on respecte l’intégrité territoriale de l’Ukraine, mais, en même temps, viole depuis cent quatre-vingt-neuf ans celle de l’Argentine. »

Forme de colonialisme

En 1965, l’ONU a reconnu que la situation des Malouines (« Falklands », pour les Britanniques) constitue une forme de colonialisme qui doit prendre fin. Et a obligé les deux pays à s’asseoir à la table des négociations. Mais Londres refuse toute reprise du dialogue. « On peut établir un certain parallélisme avec la situation en Crimée, note Marcelo Kohen, professeur de droit international à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. Les Russes contrôlent ce territoire et en revendiquent la souveraineté, mais l’Ukraine ne le reconnaît pas. Tant que ce ne sera pas le cas, la question restera ouverte. »

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Côté britannique, c’est aussi pour revendiquer la souveraineté sur les Malouines que l’invasion russe est évoquée. « La guerre en Ukraine est au premier plan de nos préoccupations dans la communauté des îles Malouines, notamment parce qu’elle nous rappelle de forts souvenirs d’il y a quarante ans, lorsque notre foyer paisible a lui aussi été envahi par un voisin hostile, désireux de s’emparer de terres et d’assumer sa souveraineté », a écrit, le 10 mars, l’agence MercoPress.

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