Un missile frappe la gare de Kramatorsk, dans l’est de l’Ukraine : un « crime contre l’humanité » selon Jean-Yves Le Drian

Valises abandonnées, peluches et nourriture jonchaient les quais et les alentours de la gare de Kramatorsk au fronton rouge et blanc, à partir de laquelle des milliers de personnes ont été évacuées ces derniers jours. Au moins cinquante-deux personnes, dont cinq enfants, y ont été tuées dans une frappe de missile, vendredi 8 avril. Des centaines de civils s’y pressaient pour fuir l’est de l’Ukraine, cible des forces russes.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a dénoncé un acte « inhumain », mais pour lequel Moscou nie toute responsabilité. « Sans la force et le courage de nous affronter sur le champ de bataille, ils annihilent cyniquement la population civile. C’est un mal qui n’a pas de limite. Et s’il n’est pas puni, il ne s’arrêtera jamais », a-t-il renchéri sur Telegram.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a estimé que cette attaque meurtrière ciblant des civils relevait du « crime contre l’humanité ».

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« Cinquante morts, dont cinq enfants », a écrit sur la messagerie Telegram le gouverneur régional Pavlo Kyrylenko, précisant que 38 personnes étaient mortes sur place et douze à l’hôpital, sur 98 personnes hospitalisées au total. Plus tard dans la soirée, le bilan a été actualisé à au moins cinquante-deux morts par M. Kyrylenko.

« Pour nos enfants »

Le missile s’est abattu vers 10 h 30 (09 h 30 à Paris), à l’heure où les candidats à l’évacuation se regroupent depuis des jours par centaines dans la gare de Kramatorsk pour fuir le Donbass, désormais objectif prioritaire de l’armée russe.

Un fragment de missile Tochka-U gît sur le sol après une attaque à la gare de Kramatorsk, en Ukraine, vendredi 8 avril 2022.

Des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) ont vu au moins trente corps dans des sacs mortuaires ou sous des bâches devant la gare. « Je cherche mon mari, il était là, je n’arrive pas à le joindre », dit une femme, tremblante et en sanglots, hésitant à s’approcher des corps, son téléphone collé à l’oreille.

Une autre, elle aussi traumatisée, cherchait son passeport dans les affaires abandonnées. « J’étais dans la gare, j’ai entendu comme une double explosion, je me suis précipitée contre le mur pour me protéger. J’ai alors vu des gens en sang entrer dans la gare, des corps partout par terre, je ne sais pas s’ils étaient blessés ou morts. Les militaires se sont précipités pour nous dire d’évacuer la gare, j’ai tout laissé ici. »

Les trottoirs étaient maculés de traces de sang et, sur le parvis devant la gare, les restes d’un missile étaient toujours visibles. On pouvait y lire en russe « pour nos enfants ». Une sentence qui sonne comme une vengeance, expression récurrente des séparatistes prorusses en référence à leurs enfants tués depuis la première guerre du Donbass, commencée en 2014.

Un « crime contre l’humanité »

Cette attaque sanglante sur la « capitale » de la partie du Donbass sous contrôle ukrainien a renforcé l’indignation internationale qui a suivi les images de massacres dans des localités dont s’est retirée l’armée russe autour de Kiev. La frappe a été qualifiée d’« attaque méprisable » par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, arrivée en Ukraine pour une visite de soutien, accompagnée du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell.

Tous deux sont allés en fin d’après-midi à Boutcha, une petite ville au nord-ouest de Kiev bombardée puis occupée par des soldats russes et où des dizaines de cadavres portant des vêtements de civils, certains les mains liées dans le dos, ont été découverts début avril, suscitant une vague d’indignation.

Le bombardement de la gare de Kramatorsk relève du « crime contre l’humanité », a déclaré sur France 5 le ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian. « Ces crimes ne pourront pas rester impunis », a-t-il martelé en faisant aussi référence aux massacres de civils perpétrés dans la banlieue de Kiev. « Il faut des experts vite parce qu’il faut constater vite, il faut documenter dans l’urgence pour pouvoir ensuite apporter des preuves des crimes contre l’humanité », a-t-il noté.

Le président français, Emmanuel Macron, a de son côté fustigé une action « abominable », le chancelier allemand, Olaf Scholz, parlant d’une attaque « épouvantable ».

Des familles marchent sur un quai pour monter dans un train à la gare centrale de Kramatorsk, dans l’est du pays, alors qu’elles fuient la ville, le 5 avril 2022.

Démenti de Moscou

Moscou a immédiatement démenti en être responsable, affirmant ne pas disposer du type de missile qui aurait été utilisé et dénonçant une « provocation » ukrainienne. Pourtant, dès le 6 mars, une enquête du collectif Conflict Intelligence Team notait l’utilisation des mêmes missiles par la Russie dans la région de Tchernihiv ; la veille, des vidéos tournées en Biélorussie montraient des lanceurs russes se déplaçant vers la frontière ukrainienne.

Le ministère russe de la défense a ensuite accusé « le régime de Kiev » d’avoir « orchestré » la frappe pour « empêcher le départ de la population de la ville afin de pouvoir l’utiliser comme bouclier humain ».

Moscou dénonce régulièrement des « provocations » ukrainiennes pour se défendre des accusations d’exactions et de crimes de guerre, comme récemment concernant Boutcha. Le ministère russe de la défense avait annoncé plus tôt vendredi que l’armée russe avait détruit avec des missiles de haute précision « des armements et d’autres équipements militaires dans les gares de Pokrovsk, Sloviansk et Barvinkove », des localités toutes situées non loin de Kramatorsk.

Après avoir retiré ses troupes de la région de Kiev et du nord de l’Ukraine, la Russie a fait de la conquête du Donbass, dont une partie est contrôlée depuis 2014 par des séparatistes prorusses, sa priorité. Elle multiplie les attaques dans le Sud et l’Est, les autorités ukrainiennes s’efforçant, quant à elles, d’évacuer les civils.

Les évacuations en train, qui avaient été interrompues en raison de la destruction d’une partie de la voie ferrée, avaient repris dans la nuit de jeudi à vendredi, selon le gouverneur de la région de Louhansk, Serhi Haïdaï, qui encourageait depuis plusieurs jours ses habitants à partir pour ne pas « se condamner à la mort ».

Le Monde et AFP

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Un missile frappe la gare de Kramatorsk, dans l’est de l’Ukraine : un « crime contre l’humanité » selon Jean-Yves Le Drian

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